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Anaïs Ségalas — Elle a écrit contre l’esclavage quand cela ne se faisait pas

Anaïs Ségalas — Elle a écrit contre l’esclavage quand cela ne se faisait pas

1811 — 1893

Partout un corbillard emmène un trépassé.
Avancez, légions, déroulez-vous sans fin,
Suivez les corbillards tout un jour, tout un an…

Partout un corbillard emmène un trépassé

Fille d’un colon de Saint-Domingue et d’une créole, née à Paris en 1811, elle a publié son premier recueil à dix-neuf ans et n’a plus cessé pendant soixante ans : poèmes, romans, théâtre, livres pour enfants.

Elle est aujourd’hui l’un des noms les plus complètement effacés du romantisme français, et son cas mérite qu’on s’y arrête.

Les Algériennes, et la question coloniale

En 1831, à vingt ans, elle publie Les Algériennes, sur la conquête qui vient de commencer. En 1844, La Femme. Elle écrit sur l’esclavage, sur la condition des femmes, sur la misère — des sujets qu’une jeune femme du monde n’était pas censée traiter.

Sa position n’a rien de simple : héritière d’une famille de colons, elle défend l’abolition tout en gardant les préjugés de son milieu. C’est ce mélange qui la rend intéressante à lire plutôt qu’à saluer.

Le vers

Techniquement, c’est du romantisme de bonne école : l’alexandrin est ferme, les images sont franches, la construction tient. Elle place des épigraphes en tête de ses poèmes — Barbier, Boulay-Paty — et se situe ainsi expressément dans une famille.

Ses meilleurs textes sont ceux où elle regarde : « Partout un corbillard emmène un trépassé » (une épidémie de choléra), « Ces gens-là ne vivent que de la mer », « Regardez-le, ce prêtre, il passe grave et seul ».

Une carrière de soixante ans

Salon, prix de l’Académie, comédies jouées, romans populaires, poésie pour la jeunesse. Elle a réussi tout ce qu’une femme de lettres pouvait réussir au XIXe siècle.

Puis le siècle a tourné, et la catégorie « poétesse » qui l’avait faite l’a effacée. Elle est morte à Paris en 1893.

Choix de textes

Pour le lire

Les Algériennes (1831) · La Femme (1847) · Enfantines (1844) · Les Absents — soixante ans de publication.

Elle a écrit sur l’esclavage et sur la condition des femmes, en héritière d’une famille de colons de Saint-Domingue.

Prix de l’Académie française. Comédies jouées, romans populaires, poésie pour la jeunesse.

Guillain Méjane

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