Sélectionner une page

À une mouette – Lucie Delarue-Mardrus

Nuit étoilée, Edward Henry Potthast (1910)

Tableau : Nuit étoilée, Edward Henry Potthast, 1910

Qui donc aurait souffert, pauvre mouette prise,
Ton grand essor capté ?
Tu tremblais dans mes mains, doucement blanche et grise,
Toute chaude de liberté.

Esclave, je t’avais achetée au passage
À ces mauvais garçons,
Et ce geste me plut d’aller jusqu’à la plage
Te rendre à tes quatre horizons.

Les plumes de ta tête étaient lisses et belles
Sous mon baiser fervent ;
Puis j’ouvris mes deux mains, tu ouvris tes deux ailes,
Et partis libre dans le vent.

— Emporte sans savoir le baiser du poète
Au large inapaisé.
C’était toute la mer, ô chère sœur mouette,
Que j’embrassais en ce baiser.

Texte : Wikisource · domaine public · lien affilié

Archives par mois