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À jamais – Jacques d’Adelswärd-Fersen

À jamais – Jacques d’Adelswärd-Fersen

Pour nous aimer comme je veux t’aimer toujours,
Nous irons nous cacher dans les hautes montagnes,
Et là, tout près des aigles d’or, loin des campagnes
À vivre de tes yeux j’en oublierai le jour.

Mais si quelqu’être au front méchant venait nous prendre,
Nous ouvririons les bras aux plaines du désert.
Aux regards des méchants je préfère l’Enfer.
Et sur le sable roux j’aurai ton baiser tendre.

Pour nous aimer, comme je veux t’aimer toujours,
Si le désert était violé par les conquêtes,
Vers les neiges du Pôle nous lèverions nos têtes
Et sous les flocons blancs nous rêverons d’amour !

Nous y serions surpris, qu’il nous reste le gouffre,
Nous en serions chassés, qu’il nous reste la mer,
Les vagues rouleront pour jamais nos corps fiers,
Et là c’est le repos des haines dont je souffre :

Car avec ta beauté et tes yeux étoilés,
Tu pourras assouvir nos communes vengeances,
En écoutant ta voix les marins en démence
Viendront mourir aux rocs sans t’avoir dévoilé…

Et lorsque la charogne enivrée et putride
Sera assez épaisse aux saillies des rochers,
Nous en ferons rempart, et les doigts rapprochés,
Nous nous évanouirons dans l’étreinte splendide !

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