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Tomas Tranströmer — Le psychologue de prison qui écrivait quinze poèmes par décennie

Tomas Tranströmer — Le psychologue de prison qui écrivait quinze poèmes par décennie

1931 — 2015

Après une journée noire, je joue du Haydn,
et je ressens un peu de chaleur dans mes mains.
Les touches sont prêtes. Les gentils marteaux tombent.
Le son est vif, vert, et plein de silence.

Allegro

« Le son est vif, vert, et plein de silence. » Quatre adjectifs, dont l’un est une couleur et l’autre une contradiction. C’est ainsi qu’il travaille : l’image se referme sur quelque chose d’exact qu’aucune paraphrase ne rendra.

Prix Nobel de littérature en 2011, il avait alors publié en cinquante ans à peu près deux cent cinquante poèmes. Certains recueils tiennent en vingt pages.

Un métier, et pas la littérature

Il a été psychologue, d’abord dans une maison de correction pour jeunes délinquants, puis auprès de handicapés et de détenus. Il a exercé jusqu’à sa retraite.

Cela s’entend dans les poèmes : il y a toujours quelqu’un qui écoute quelqu’un d’autre, et une attention professionnelle au moment précis où une vie bascule. « Les souvenirs m’observent », dit un titre — et c’est bien lui qui est examiné.

Le seuil

Son motif constant est le passage : une voiture qui s’arrête, un réveil à trois heures, un dégel, une porte, une pierre. Le poème s’ouvre sur du quotidien parfaitement ordinaire et, en huit vers, quelque chose s’est déplacé sans qu’on sache dire quoi.

Il n’y a chez lui ni confidence ni thèse. Il y a la Suède — la neige, la mer Baltique, les rochers, les églises romanes — et un homme qui regarde.

1990

Une attaque cérébrale le laisse hémiplégique et presque muet. Il continue d’écrire, plus court encore, et il continue de jouer du piano de la main gauche : des compositeurs ont écrit pour lui des pièces à une main.

La Grande Énigme, son dernier livre, est fait de haïkus. Il est mort à Stockholm en 2015.

Choix de textes

  • Allegro — Haydn joué après une journée noire. Le son « plein de silence ».
  • Voûtes romanes — Une église italienne, et la phrase qu’on n’oublie plus : « Ne rougis pas d’être un homme. »
  • Les souvenirs m’observent — Le titre inverse les rôles. C’est le psychologue qui parle.
  • Schubertiana — New York, cinq cordes, huit millions d’êtres humains. Son poème le plus ample.
  • Après un décès — Le deuil réduit à une comète et à un poste de télévision.
  • Le couple — Une lampe qu’on éteint, une chambre, une ville autour. Rien de plus.
  • La maison bleue — La maison de l’enfance vue de l’extérieur, comme un mort la verrait.
  • En mars — Le dégel, moment de bascule dont il a fait sa spécialité.
  • Sous zéro — Le froid suédois, jamais décoratif, toujours physique.
  • La grande énigme — Du dernier livre, écrit en haïkus après l’attaque qui l’avait rendu muet.

Pour le lire

Œuvres complètes, 1954-199417 poèmes, Baltiques, La Place sauvage. Une œuvre entière tient en un volume.

Guillain Méjane

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