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Rosemonde Gérard — Deux vers que tout le monde connaît, sous un nom que personne ne sait

Rosemonde Gérard — Deux vers que tout le monde connaît, sous un nom que personne ne sait

1871 — 1953

Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille,
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs,
Au mois de mai, dans le jardin qui s’ensoleille,
Nous irons réchauffer nos vieux membres tremblants.

Lorsque tu seras vieux

Ce poème contient le distique le plus cité de la poésie amoureuse française : « Car, vois-tu, chaque jour je t’aime davantage, / Aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain. »

On le lit dans les mariages, on le grave sur les alliances, on l’attribue à peu près à n’importe qui. Il est d’elle, elle avait dix-huit ans, et il s’adressait à Edmond Rostand, qu’elle allait épouser.

Femme de, mère de

C’est là que la biographie devient un piège. Elle fut la femme de l’auteur de Cyrano, la mère de Maurice Rostand et de Jean Rostand le biologiste, la filleule de Leconte de Lisle, la protégée de Dumas fils.

Toute sa vie on l’a présentée par ces liens, et l’usage a fini par la faire disparaître derrière eux. Le mariage s’est d’ailleurs mal terminé : Rostand est parti, elle est restée, et elle a continué d’écrire pendant cinquante ans.

Ce qu’elle écrit vraiment

Ouvrez Les Pipeaux : ce n’est pas de la poésie de salon. C’est un herbier et un bestiaire — les coucous, les lucioles, les peupliers, les cigales, les araignées, le lézard, les grenouilles, les petites clochettes bleues, les petits canards.

Elle regarde le vivant minuscule avec une attention qui ne se relâche jamais, et elle a l’oreille : la « Villanelle des petits canards » est un exercice de forme fixe mené tambour battant, et c’est très difficile à faire.

Il y a aussi, çà et là, quelque chose de plus dur — « Lorsque je serai morte », « Maison à louer », « Ceci est mon testament ». Ce sont les meilleurs.

1953

Elle a vécu jusqu’à quatre-vingt-deux ans, elle a écrit du théâtre, des souvenirs, encore des vers, et elle est morte à Paris en 1953, avec une réputation de veuve illustre.

Elle avait écrit deux vers que la langue française n’a plus lâchés. Peu de gens peuvent en dire autant.

Choix de textes

Pour le lire

Les Pipeaux (1889) — le recueil de ses dix-huit ans, où se trouve le poème que tout le monde cite.

Les Muses françaises (1943) · Rien que des chansons (1922).

Guillain Méjane

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