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Maurice Maeterlinck — Le prix Nobel qu’on ne lit plus, et qui avait tout inventé

Maurice Maeterlinck — Le prix Nobel qu’on ne lit plus, et qui avait tout inventé

1862 — 1949

Ô serre au milieu des forêts !
Et vos portes à jamais closes !
Et tout ce qu’il y a sous votre coupole !
L’ennui d’un matelot dans le désert

Serre chaude

« L’ennui d’un matelot dans le désert. » Le vers est de 1889. Il n’y a ni comparaison, ni explication, ni suite : une image impossible, posée là, qui ne renvoie à rien qu’à elle-même.

Trente ans avant les surréalistes, un jeune avocat gantois de vingt-sept ans avait trouvé cela tout seul.

Serres chaudes

C’est l’unique livre de vers qui compte chez lui, et le Vagabond le donne en entier. Le titre est le programme : une serre, c’est-à-dire un espace clos, humide, surchauffé, où l’on fait pousser des plantes qui ne devraient pas vivre là.

Les poèmes fonctionnent pareil. « Ennui », « Lassitude », « Attente », « Heures ternes », « Cloches de verre », « Âme de nuit », « Fauves las » : tout y est ralenti, sous verre, sans événement. On y étouffe et c’est voulu.

Il y a aussi l’un des tout premiers usages du vers libre en français, et « Cloche à plongeur », qui est le poème le plus étrange du siècle finissant.

Le théâtre, puis la gloire

Après quoi il abandonne les vers. La Princesse Maleine paraît en 1889 et Octave Mirbeau écrit dans Le Figaro que c’est plus beau que Shakespeare — la plus formidable exagération critique du siècle, et elle a lancé une carrière.

Suivent Pelléas et Mélisande, que Debussy mettra en musique ; L’Oiseau bleu, qui fera le tour du monde ; La Vie des abeilles, qui se vend encore. Prix Nobel de littérature en 1911.

Ce qui l’a démodé

Précisément ce succès. Le Maeterlinck des essais sur les abeilles, les fleurs et les termites, celui de la sagesse vaguement mystique, a recouvert le poète de 1889 — et c’est ce Maeterlinck-là que le XXe siècle a jeté.

Serres chaudes, lui, n’a pas vieilli d’une heure. Il faut y revenir.

Choix de textes

  • Serre chaude — « L’ennui d’un matelot dans le désert. » Une image impossible, en 1889.
  • Cloche à plongeur — Le poème le plus étrange du siècle finissant, et l’un des premiers vers libres.
  • Âme de serre — L’espace clos et surchauffé, appliqué à quelqu’un.
  • Heures ternes — Le temps qui ne passe pas. Il en a fait une matière.
  • Attente — Rien ne vient, et c’est tout le sujet — comme dans son théâtre.
  • Cloches de verre — L’objet qui protège et qui étouffe. Son image centrale.
  • Ronde d’ennui — Une ronde d’enfants sur un mot qui n’en est pas un de jeu.
  • Regards — Être vu sans voir : la situation de tous ses personnages.
  • Feuillage du cœur — La plante et l’organe confondus, jusqu’au malaise.
  • Oraison nocturne — La prière sans destinataire, forme qu’il a inventée.

Pour le lire

Serres chaudes (1889) — le livre réuni ici, et l’un des actes de naissance du vers libre français. Le volume Poésie/Gallimard y joint Quinze Chansons et La Princesse Maleine.

Pelléas et Mélisande (1892), mis en musique par Debussy · L’Oiseau bleu (1908).

La Vie des abeilles (1901) — l’essai qui se vend encore, et qui a recouvert le poète.

Guillain Méjane

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