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Livre troisième. Promenades de Pierre Noziere en France – Anatole France

Livre troisième. Promenades de Pierre Noziere en France – Anatole France

L’attente du plaisir fait palpiter ton cœur,
Et dans l’espoir du bal tu mets tout ton bonheur.
Un gouffre en la Seine voisine
Par ses flots tortueux ruine
Et les hommes et les bateaux,
Les coulant jusqu’au fond des eaux.
Mais Adjutor longtemps ne souffre
L’incommodité de ce gouffre.
Se sentant touché de douleur,
Hugues, son prélat, il appelle ;
Ils y vont en même nacelle
Pour mettre fin à ce malheur.
Oyez, lecteur, une merveille
Qui rarement a sa pareille ;
Le péril des lors a cessé,
Le bruit des flots s’est apaisé.
Il n’est point de fleuve ou l’on voie
La course de l’onde plus coie.
Le nocher peut mener sa nef
Assurément par cette place
Dans une tranquille bonace
Sans redouter aucun méchef.
Quand Belle-Isle est parti,
Une nuit,
De Prague à petit bruit,
Il dit,
Voyant la lune :
Lumière de mes jours,
Astre de ma fortune,
Conduisez-moi toujours.
Autrefois, un esprit venait, d’une voix forte
Appeler, chaque nuit, un pêcheur sur sa porte.
Arrivé dans la baie, on trouvait un bateau
Si lourd et si chargé de morts qu’il faisait eau.
Et pourtant il fallait, malgré vent et marée,
Le mener jusqu’à Sein, jusqu’à l’île sacrée…
Nous avons été de bande
Quarante et deux Arzonnois
À la guerre de Hollande,
Pour le plus grand de nos rois.

. . . . . . . . . . . . . .
Ce fut de juin le septième
Mil six cent septante et trois,
Que le combat fut extrême
De nous et de Hollandois.

Les boulets comme la grêle
Passaient parmi nos vaisseaux,
Brisant mâts, cordages, voile,
Et mettant tout en lambeaux.

La merveille est toute sûre
Que pas un homme d’Arzon
Ne reçut la moindre injure
Du mousquet ni du canon.

Un d’Arzon changeant de place,
Un boulet vint à passer,
Brisant de celui la face
Qui venait de s’y placer.
L’Arzonnois, la sauvant belle,
Eut l’épaule et les deux yeux
Tout couverts de la cervelle
De ce pauvre malheureux.

De Jésus la sainte aïeule,
Par un bienfait singulier,
Nous connaissons que vous seule
Nous gardiez en ce danger.
— Mon Dieu, mon tout que j’aime et que j’adore,
Ayez pitié de ma stérilité !
Depuis vingt ans elle me déshonore,
Couronnez-la par la fécondité.
Je vous promets, grand Dieu, plus de cœur que de bouche,
De vous offrir le fruit de notre couche.

Je n’ose plus hanter aucune amie.
Je ne reçois que mépris et qu’affront.
Ôtez, Seigneur, la tache d’infamie.
Que fait monter la honte sur mon front,
Jetez un seul regard sur votre humble servante
Qui, soumise à vos lois, et pleure et se lamente.

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