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Jehan Rictus — Il a écrit la langue qu’on parlait vraiment dans la rue

Jehan Rictus — Il a écrit la langue qu’on parlait vraiment dans la rue

1867 — 1933

Seigneur Jésus, je pense à vous !
Ça m’prend comm’ ça, gn’y a pas d’offense !
J’suis mort’ de froid, j’me quiens pus d’bout,
Ce soir encor j’ai pas eu d’chance

La Charlotte prie Notre-Dame

Une prostituée sans le sou parle à Jésus la nuit de Noël. Elle s’excuse de le déranger, elle explique qu’elle a faim, elle lui raconte sa soirée.

Tout est dans l’orthographe : gn’y a pas, j’me quiens pus. Il ne transcrit pas un accent pittoresque, il note une prononciation réelle, avec les élisions, les liaisons fautives, le débit. C’est du travail de phonéticien.

Les Soliloques du Pauvre

Il s’appelait Gabriel Randon. Fils naturel, enfance misérable, mère violente, fugues, vagabondage, faim — il a connu de l’intérieur ce qu’il allait écrire.

En 1895 il monte sur la scène du cabaret des Quat’z-Arts et dit ses poèmes lui-même. C’est un triomphe immédiat. Les Soliloques du Pauvre paraissent en 1897 et se vendent par milliers.

Le pauvre y parle à la première personne, sans intermédiaire et sans commentaire. Personne n’avait fait cela : Hugo plaidait POUR les misérables, Rictus leur donne le micro.

La langue

Il faut lire à voix haute, c’est la seule façon. Sur la page, l’apostrophe partout décourage ; dans la bouche, tout se remet en place et la phrase file.

« La Farandole des pauv’s tits fan-fans morts », « Berceuse pour un pas-de-chance », « Complainte des petits déménagements parisiens », « Les Monte-en-l’air », « Crève-cœur » : ce sont les titres d’un monde entier qu’aucune autre poésie n’a laissé entrer.

Après

Le succès a duré, puis a passé. Il a écrit un journal intime énorme, tenu pendant quarante ans, qui est aujourd’hui une source de première main sur le Paris populaire.

Il est mort en 1933. Sans lui, il n’y aurait ni Céline dans sa manière d’écrire l’oral, ni la chanson réaliste, ni Prévert tout à fait.

Choix de textes

Pour le lire

Les Soliloques du Pauvre (1897) — le livre, vendu par milliers, et qu’il disait lui-même en scène.

Doléances (1900) · Le Cœur populaire (1914) · Les Cantilènes du Malheur.

Son Journal, tenu quarante ans, est une source de première main sur le Paris populaire.

Guillain Méjane

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