
Charles Fuster — Un Suisse à Paris, et des vers de conviction

1866 — 1929
Depuis que sur la croix, au temps des vieux Romains,
Un homme, un dieu peut-être, et sans doute un prophète,
Exhala son soupir, après cette œuvre faite
Qui devait effacer les crimes des humains,
Les croix
« Un homme, un dieu peut-être, et sans doute un prophète » : la gradation est prudente, et elle est intéressante. Fuster ne tranche pas — il laisse au lecteur le choix du degré de foi.
C’est un poème religieux écrit par quelqu’un qui pratique aussi le doute, et cela le distingue de la masse des vers dévots que le XIXe siècle finissant a produits.
Lausanne, puis Paris
Né à Lausanne, il monte à Paris et y fait une carrière d’homme de lettres complète : poète, critique, conférencier, directeur de revue. Il a fondé L’Année des poètes, une anthologie annuelle qui, pendant des années, a recensé tout ce qui se publiait en vers en France.
C’est un travail de passeur, et c’est le genre d’entreprise qui rend service à tout le monde et ne profite à personne.
Les titres
« Ave Cesar », « À la gloire », « Devant le ciel », « La retraite », « Amour et gloire », « Baiser de mort », « La caverne ». Ce sont des mots pleins, des sujets frontaux, et une poésie qui ne cherche pas la nuance.
Elle a l’honnêteté de son projet : dire des choses fermes en vers fermes. « La neige » est le meilleur du lot, parce que le sujet ne lui permet aucune affirmation.
Ce qui reste
Peu de choses, et c’est le sort de la plupart des hommes de lettres consciencieux. Il est mort en 1929, après quarante ans de service à la poésie des autres.
Choix de textes
- Les croix — « Un homme, un dieu peut-être » — la gradation laisse au lecteur son degré de foi.
- La neige — Le meilleur du lot : le sujet ne lui permet aucune affirmation.
- Devant le ciel — La position de l’homme sous les étoiles, sans philosophie appuyée.
- Ave Cesar — Le salut des gladiateurs, employé sans ironie.
- La retraite — Le retrait du monde, motif chrétien qu’il traite en homme de son temps.
- Baiser de mort — Deux mots qui se heurtent, et le poème vit de ce choc.
- À la gloire — Une adresse à une abstraction : le procédé est vieux et il l’assume.
- Amour et gloire — Les deux mots pleins de son vocabulaire, réunis.
- La caverne — Platon n’est pas loin, mais le poème ne le nomme pas.
Pour le lire
L’Année des poètes — l’anthologie annuelle qu’il a fondée, et qui a recensé pendant des années tout ce qui se publiait en vers en France.
Les Tristesses · Les Vaincus · Sincère — les recueils.
Aucune édition courante à ce jour.
Guillain Méjane























