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Vers le vague horizon fragile – Jacques d’Adelswärd-Fersen

Vers le vague horizon fragile – Jacques d’Adelswärd-Fersen

Mes rêves sont partis
Sur leur nacelle folle,
Mes rêves dont s’envole
Un désir alangui…
Vers le vague horizon fragile,
Erre la lune de velours,
Viens, petite poupée d’amour,
Le lit est prêt, le lit tranquille !

Les lèvres jointes dans la nuit,
Nous nous dirons de tendres choses,
Et nous effeuillerons les roses,
Des jours lointains qui sont enfuis ;

Lentement j’embrasserai, chère,
La clarté fine de tes yeux,
Et de tout mon cœur bienheureux,
Je commencerai ma prière.

Tandis qu’épars sur ton sommeil,
Comme une bande d’hirondelles,
À cris joyeux, à tire d’ailes,
Voleront les rêves vermeils…

Je ne veux pas que ma détresse
Arrive jamais jusqu’à toi :
Il faut que, sans savoir pourquoi,
Tu sois lassée de ma tendresse !

Dors par pitié jusqu’à demain,
Sans souci et sans alarmes,
Je serai seul avec mes larmes,
La tête sur ta blanche main ;

Peut-être à la frileuse aurore,
Quand le ciel au soleil se dore,
Serais-je parti pour toujours…
Ma petite poupée d’amour !

Sur ma rupture, point de peine,
Laisse passer le souvenir,
Et que l’oubli qui fait pâlir
Calme ton angoisse lointaine !

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