
Louisa Siefert — Celle que Rimbaud comparait à Sophocle

1845 — 1877
C’était un soir de juin paisible. Du midi
Le vent soufflait chargé d’un parfum attiédi,
Et les deux vieilles tours massives et carrées,
D’un rayon de soleil couchant étaient dorées.
Marguerite
En 1870, un garçon de quinze ans écrit à son professeur qu’il vient de lire un poème « bien ému et bien beau » intitulé « Marguerite », et qu’il le trouve aussi beau que les plaintes d’Antigone dans Sophocle.
Le garçon s’appelle Arthur Rimbaud. Le poème est de Louisa Siefert, elle a vingt-cinq ans, et personne ne la lit plus.
Lyon, la douleur, l’écriture
Née à Lyon en 1845, elle est atteinte très jeune d’une tuberculose osseuse — une coxalgie — qui lui laisse une infirmité et des douleurs constantes, et qui finira par gagner les poumons. Elle mourra à Pau en 1877, à trente-deux ans.
Entre-temps elle aura publié sept livres en neuf ans. Rayons perdus, en 1868, connaît un vrai succès ; Hugo lui envoie sa photographie dédicacée. Elle est de ces poètes que leur époque a lus et que la nôtre a laissés tomber.
Ce que Rimbaud avait entendu
« Marguerite » est un récit. Un soir de juin, deux tours dorées par le couchant, et une histoire qui se met en marche sans prévenir. Ce qui a saisi Rimbaud, ce n’est pas la mélancolie — il en avait soupé — mais la conduite : le poème avance comme une scène de théâtre, sans une pause pour commenter.
C’est sa qualité constante. Elle raconte. Ses meilleurs poèmes sont des situations — un départ, un sacrifice, un jour qui tombe — et elle n’intervient jamais pour dire ce qu’il faut ressentir.
Les colères
On l’a rangée parmi les poétesses tristes, ce qui est une manière commode de ne pas lire. Ses titres disent autre chose : Les Stoïques en 1870, Les Saintes Colères en 1871 — c’est-à-dire pendant et après la guerre et la Commune.
Une jeune femme malade et cloîtrée qui intitule un recueil Les Saintes Colères au lendemain de l’Année terrible n’a rien d’une élégiaque de salon.
Choix de textes
- Marguerite — Le poème que Rimbaud jugeait « aussi beau que les plaintes d’Antigone dans Sophocle ».
- Souvenirs d’enfance — L’enfance d’une malade, racontée sans une once d’apitoiement.
- Le Sacrifice d’Abraham — Le récit biblique repris comme une scène. Sa manière exacte.
- Jour tombant — L’heure qui revient le plus souvent chez elle, et jamais de la même façon.
- Le Départ — Une situation, pas un sentiment. C’est ce qui la distingue.
- Soleil couchant — Le sujet le plus commun du siècle, tenu sans un mot de trop.
- L’Image — Ce qui reste d’un visage quand il n’est plus là.
- Promenade — Écrit par quelqu’un pour qui marcher était douloureux. Le titre est un fait.
Pour le lire
Rayons perdus (1868) — le livre du succès, celui que Rimbaud avait entre les mains.
Les Stoïques (1870) · Les Saintes Colères (1871) — écrits pendant et après l’Année terrible.
Comédies romanesques (1872) · Méline (1876). Aucune édition courante à ce jour.
Guillain Méjane























