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Louis-Ange Pitou — Le chansonnier des rues, déporté à Cayenne pour ses couplets

Louis-Ange Pitou — Le chansonnier des rues, déporté à Cayenne pour ses couplets

1767 — 1846

Vous qui n’aimez que les dons de Plutus,
Le bruit de Mars, les myrtes de Vénus,
Votre bonheur est sur l’aile d’Éole ;
Y n’faut qu’un coup pour assommer un loup.

Le coup du loup

Regardez la première ligne de chacun de ces textes : « Air : Avez-vous sous le même toit », « Air : Du ballet des Pierrots », « Air : Ma femme le sait ».

Ce ne sont pas des poèmes qu’on lit : ce sont des chansons qu’on chante, sur des mélodies que tout le monde connaissait. On les vendait sur des feuilles à un sou, on les apprenait en les entendant, et elles se répandaient dans Paris en une journée.

Le métier de chanter dans la rue

Il vendait ses couplets lui-même, debout dans les rues du Palais-Royal, sous le Directoire. C’était un vrai métier, avec ses places, ses concurrents et ses risques — car une chanson politique circulait plus vite qu’un journal, et le pouvoir le savait.

Royaliste, il chantait contre les gouvernements successifs de la Révolution. On l’a arrêté, relâché, arrêté de nouveau.

Cayenne

Après le coup d’État du 18 fructidor an V — septembre 1797 —, il est condamné à la déportation en Guyane, la « guillotine sèche ». Sur seize déportés de son convoi, il fut l’un des rares à revenir vivant.

Il en a rapporté un livre, Voyage à Cayenne, qui est un document de première main sur la déportation, la fièvre jaune et les colonies pénitentiaires. Il l’a publié en 1805, puis a repris son commerce de chansons sous l’Empire et la Restauration.

Ce qu’on lit ici

Le Vagabond en donne pour l’instant quelques-unes, et d’autres suivront. Ce sont des chansons de société — l’amour, la folie, la caresse, les cadets qui arrivent après les aînés — et il ne faut pas y chercher le pamphlétaire.

On y trouve autre chose, qui est plus rare : le ton exact de ce qu’on fredonnait à Paris vers 1800. « Sans la folie et les amours, que deviendrait le monde ? » Il avait vu la Terreur, il allait voir le bagne, et c’est ce qu’il chantait.

Une note d’attribution

⚠️ On le confond régulièrement avec Ange Pitou, le héros du roman d’Alexandre Dumas — un paysan de Villers-Cotterêts entièrement inventé, dont le nom est emprunté au nôtre. Ce sont deux personnes différentes, dont une seule a existé.

Choix de textes

  • Le coup du loup — Un vaudeville-proverbe de brumaire an VIII, daté par lui-même.
  • Que deviendrait le monde — « Sans la folie et les amours, que deviendrait le monde ? » Écrit entre la Terreur et le bagne.
  • Une caresse — Un mot suivi jusqu’au bout, de l’enfance à la vieillesse.
  • Les aînés et les cadets — « Le premier venu prend les roses, et l’épine reste au dernier. »

Pour le lire

Voyage à Cayenne, dans les deux Amériques et chez les anthropophages (1805) — un document de première main sur la déportation.

Analyse de mes malheurs et de mes persécutions depuis vingt-six ans (1816).

Ses chansons se vendaient à la feuille, dans les rues du Palais-Royal.

⚠️ À ne pas confondre avec l’Ange Pitou d’Alexandre Dumas, personnage de roman qui lui a emprunté son nom.

Guillain Méjane

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