
L’amant prodigue que je suis – Jacques d’Adelswärd-Fersen

L’amant prodigue que je suis
Est venu vers toi une nuit,
La main soyeuse de caresses…
Et toi qui cherchais, ô maîtresse,
Des pièces d’or au bout des doigts,
Tu m’as chassé, ce soir, je crois,
Avec mon rêve, au clair de lune !
Mais je n’ai pas gardé rancune,
Et mes rêves sont tout pareils,
Tes yeux absents et le soleil
Sont pour moi la seule tendresse ;
Et toi qui cherchais, ô maîtresse,
Des mots de haine dans mon cœur,
Je demeure fou des splendeurs
De ton amour, au clair de lune.
Battant toujours la même enclume,
Tu as blessé ma jeune chair,
Avec des mots durs comme fer,
Ta lèvre a des douceurs de plume…
Ton coup d’épée est d’un roseau,
Tu restes le petit oiseau,
Qui chante en moi, au clair de lune !






















