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Gérard de Nerval — Douze sonnets qu’on n’a jamais fini de lire

Gérard de Nerval — Douze sonnets qu’on n’a jamais fini de lire

1808 — 1855

Je suis le Ténébreux, — le Veuf, — l’Inconsolé,
Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie :
Ma seule Étoile est morte, — et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

El Desdichado

Il y a des poèmes qu’on explique et des poèmes qu’on habite. Depuis cent soixante-dix ans, les meilleurs lecteurs de langue française se disputent ces quatre vers, et aucun n’en est venu à bout.

Ce n’est pas de l’obscurité gratuite. Chaque mot renvoie à quelque chose de précis — une devise, une carte de tarot, un blason, un souvenir — mais les renvois sont si nombreux et si serrés qu’aucune lecture ne les épuise. Le poème fonctionne comme une pierre gravée dont on aurait perdu la langue.

Les Chimères

Ils sont douze : El Desdichado, Myrtho, Horus, Delfica, Artémis, Antéros, Le Christ aux Oliviers, Vers dorés. Douze sonnets publiés en 1854, l’année avant sa mort, en appendice d’un livre de nouvelles, comme s’ils n’étaient rien.

Ils ont formé toute la poésie française qui a suivi. Sans eux, ni Mallarmé, ni les surréalistes, ni rien de ce qui a cru qu’un poème pouvait être plus intelligent que son auteur.

La folie, et ce qu’on en fait

Il a été interné plusieurs fois à partir de 1841. On a beaucoup glosé là-dessus, souvent mal : le poème ne sort pas de la crise, il en est le contraire — un travail d’ordre, de mémoire et de syntaxe mené par quelqu’un qui sentait le sol bouger.

Le 26 janvier 1855, on l’a trouvé pendu à une grille de la rue de la Vieille-Lanterne, une ruelle de Paris qui n’existe plus. Il avait quarante-six ans, il vivait dehors, il faisait moins dix.

Note sur ce corpus

À côté des Chimères, le Vagabond garde des textes en prose — les portraits des Illuminés et de la Bohème galante : Jean Journet, l’abbé de Bucquoy, le Roi de Bicêtre, Lassailly, Édouard Ourliac.

Ce ne sont pas des poèmes, mais ce sont d’authentiques pages de lui, et ce sont les plus belles proses françaises du siècle. On préfère le dire que de faire semblant.

Choix de textes

  • El Desdichado — Le sonnet le plus commenté de la langue française, et il résiste toujours.
  • Myrtho — Naples, le Pausilippe, un volcan. La Méditerranée comme mémoire.
  • Delfica — « Ils reviendront, ces dieux que tu pleures toujours. » Le paganisme intact.
  • Artémis — « La Treizième revient… C’est encor la première. » Le vertige tenu en douze pieds.
  • Horus — L’Égypte, Isis, la relève des dieux. Il y croyait presque.
  • Antéros — Le sonnet de la révolte : il prend le parti de Caïn et des vaincus.
  • Vers dorés — « Tout est sensible ! » — le panthéisme énoncé comme une loi physique.
  • Le Christ aux Oliviers — Un Christ qui découvre que le ciel est vide. Écrit en 1844.
  • Fantaisie — L’air ancien qui vaut tout Rossini. Son poème le plus simple, et parfait.
  • Le Roi de Bicêtre — De la prose, et l’une des plus belles du siècle : Raoul Spifame, le fou du roi.

Pour le lire

Les Chimères (1854) — douze sonnets, publiés en appendice comme s’ils n’étaient rien.

Les Filles du feu (1854) — Sylvie, que Proust tenait pour un sommet absolu ; l’édition courante y joint Les Chimères.

Aurélia (1855) — le récit de la folie, écrit du dedans, achevé peu avant sa mort.

Voyage en Orient (1851) · Les Illuminés (1852) — la prose réunie ici en partie.

Guillain Méjane

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