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Georges Séféris — Diplomate de carrière, et la mémoire d’un pays perdu

Georges Séféris — Diplomate de carrière, et la mémoire d’un pays perdu

1900 — 1971

Nous ne les avons jamais connus.
C’était l’espoir, au fond de nous,
Qui disait que nous les avions dès notre enfance connus.

Mythologie

« Nous ne les avons jamais connus » — les héros, les dieux, les ancêtres. Toute la poésie de Séféris tient dans cet écart : un Grec du XXe siècle qui hérite de trois mille ans et qui n’y a plus accès.

Ce n’est pas une coquetterie de lettré. Il est né à Smyrne, ville grecque d’Asie Mineure, et sa famille a dû fuir en 1922 quand la ville a été détruite. Le pays perdu est un lieu réel.

La Grande Catastrophe

C’est le nom que les Grecs donnent à 1922 : la défaite en Anatolie, l’incendie de Smyrne, un million et demi de réfugiés. Séféris avait vingt-deux ans.

Mythologie (1935), son grand livre, est écrit là-dessus sans jamais le dire. Il y a des bateaux, des statues brisées, des voyageurs qui reviennent d’un pays qui n’existe plus. Ulysse y est un homme qui n’arrive pas à rentrer.

Le diplomate

Il a fait toute sa carrière au ministère des Affaires étrangères : Londres, Albanie, l’exil du gouvernement grec en Égypte et en Afrique du Sud pendant l’Occupation, Ankara, Beyrouth, puis ambassadeur à Londres.

Il écrivait dans les trains et les hôtels. Cela s’entend : chez lui, on est toujours entre deux lieux, avec une valise.

1969

Prix Nobel en 1963, le premier pour la Grèce. Six ans plus tard, sous la dictature des colonels, il rompt son silence de diplomate et lit à la BBC une déclaration contre le régime.

Il est mort en 1971. Ses funérailles ont tourné à la manifestation : des milliers de personnes ont suivi le cercueil dans les rues d’Athènes en chantant une chanson interdite.

Choix de textes

  • Mythologie — « Nous ne les avons jamais connus. » Trois mille ans d’héritage sans accès.
  • Mycènes — Les tombes royales, visitées par quelqu’un qui a perdu sa propre ville.
  • Mondes perdus — Le pluriel dit ce que le singulier n’aurait pas suffi à dire.
  • Reniement — Mis en musique par Theodorakis, chanté par toute la Grèce contre les colonels.
  • Notre soleil — Le possessif est une revendication. La lumière grecque lui appartient.
  • Les anges sont blancs — Écrit pendant l’exil du gouvernement grec. Le blanc n’y est pas une couleur douce.
  • Encore un peu — Un sursis demandé, sans qu’on sache à qui.
  • La feuille de peuplier — L’objet minuscule qui tient toute la mémoire d’un lieu.
  • Croquis pour un été — Le mot « croquis » avoue l’inachèvement, et c’est le sujet.
  • Épiphania — L’apparition, terme religieux, employé pour un souvenir.

Pour le lire

Mythologie (1935) — le grand livre, écrit sur la catastrophe de 1922 sans jamais la nommer.

Journal de bord I, II, III (1940-1955) · La Grive (1947).

En français : les traductions de Jacques Lacarrière et d’Égérie Mavraki.

Guillain Méjane

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