
Federico García Lorca — Fusillé à trente-huit ans, et jamais retrouvé

1898 — 1936
L’aurore de New York
a quatre colonnes de vase
et un ouragan de noires colombes
qui barbotent dans l’eau pourrie.
L’aurore
Il faut commencer par New York, parce que c’est là qu’on le reconnaît le moins et qu’il est le plus grand. En 1929, en pleine crise, il passe neuf mois à Columbia University et il écrit un livre furieux sur une ville de vase, de fer et de foule.
« Un ouragan de noires colombes qui barbotent dans l’eau pourrie » : voilà comment cet homme réputé pour les guitares et les gitanes voyait le XXe siècle.
Le Romancero gitan
C’est le livre qui l’a rendu célèbre en 1928, et qui a failli l’étouffer. Il y reprend la forme du romance espagnol — le vers de huit syllabes des ballades populaires — pour raconter des histoires d’Andalousie : la garde civile, les couteaux, les femmes, la mort.
« Mort d’Antoñito el Camborio », « L’épouse infidèle », « Rixe » : ce sont des faits divers transfigurés, où chaque objet devient un signe et où l’on tue toujours à la fin.
Le succès fut si grand qu’on l’a réduit à cela. Il s’en plaignait : « le mythe du gitanisme me fatigue ».
Le duende
Il a donné en 1933 une conférence sur ce mot andalou intraduisible — ni la muse ni l’ange, mais une force noire qui monte de la plante des pieds, et qui n’apparaît que là où la mort est possible.
C’est la meilleure explication de son propre travail. Ses poèmes ne consolent pas et ne décorent pas : ils tiennent debout parce que quelque chose y est en jeu.
Août 1936
Un mois après le coup d’État franquiste, il est arrêté à Grenade et fusillé dans la nuit du 18 août, entre Víznar et Alfacar. Il avait trente-huit ans. Il était homosexuel et de gauche ; l’une ou l’autre raison suffisait.
Son corps n’a jamais été retrouvé, malgré des fouilles répétées jusqu’à aujourd’hui. C’est la plus longue absence de la littérature espagnole.
Choix de textes
- L’aurore — New York en 1929 : de la vase, du fer et des colombes noires.
- Mort d’Antoñito el Camborio — Du Romancero gitan : un fait divers transfiguré, et l’on tue à la fin.
- L’épouse infidèle — Le plus célèbre du recueil, et celui dont il s’est le plus lassé.
- Âme absente — La fin du Chant funèbre pour Ignacio Sánchez Mejías. « Personne ne te connaît. »
- Rixe — Deux hommes, des couteaux, et la garde civile qui arrive après.
- Casida des pleurs — Du Divan du Tamarit : la forme arabo-andalouse reprise en 1934.
- Mort d’amour — Le titre dit le programme de toute son œuvre.
- Complainte de l’ajourné — Celui à qui l’on a accordé un délai. On sait ce que cela vaut.
- Attente — Rien ne vient, et c’est le sujet — comme dans son théâtre.
- Le retour — Un mot qui, chez lui, n’a jamais eu lieu.
Pour le lire
Romancero gitan (1928) — le livre du succès, et celui dont il se plaignait.
Poète à New York (1940, posthume) — le grand livre, écrit en 1929 en pleine crise.
Noces de sang (1933) · Yerma (1934) · La Maison de Bernarda Alba (1936) — le théâtre.
Sa conférence Jeu et théorie du duende (1933) est la meilleure explication de son travail.
Guillain Méjane























