
Dylan Thomas — Une voix de tonnerre, et trente-neuf ans

1914 — 1953
Et la mort n’aura aucune emprise.
Les hommes morts et nus ne feront plus qu’un
avec l’homme dans le vent et la lune de l’ouest ;
Et la mort n’aura aucune emprise
Il faut d’abord dire la voix, parce que c’est par elle qu’il a existé. Dylan Thomas lisait ses poèmes à la radio de la BBC avec un baryton gallois qui faisait taire les pubs, et l’Amérique l’a découvert en tournée de lecture comme on découvre un chanteur.
Ses poèmes sont écrits pour cela. Ils s’entendent avant de se comprendre, et il faut accepter cet ordre-là.
Swansea
Fils d’un professeur d’anglais gallois qui lui lisait Shakespeare au berceau, il a quitté l’école à seize ans et publié son premier livre à vingt. Il n’a jamais appris le gallois.
L’essentiel de son œuvre est écrit avant vingt-cinq ans. Le reste de sa vie a été consacré à en vivre : journalisme, scénarios, émissions, tournées, et une dette permanente.
Ce qu’il fait à la langue
Il l’entasse. Les images se superposent sans transition, les mots se cognent, la syntaxe se tord — « dans l’autrefois c’était la couleur du dire ». Ce n’est pas de l’obscurité gratuite : c’est une langue portée à saturation, comme on sature une couleur.
Et il y a la forme. « N’entre pas apaisé dans cette bonne nuit » est une villanelle — dix-neuf vers, deux rimes, deux refrains qui reviennent en alternance. Il a écrit ce chef-d’œuvre pour son père qui perdait la vue et qui allait mourir.
New York, 1953
Il est mort au Chelsea Hotel à trente-neuf ans, d’une pneumonie aggravée par l’alcool et par des soins désastreux. La légende dit dix-huit whiskies ; les médecins disent autre chose. Les deux versions circulent encore.
Au bois lacté, sa pièce radiophonique, était achevée. Elle est jouée sans interruption depuis.
Choix de textes
- Et la mort n’aura aucune emprise — Le refrain le plus célèbre de la poésie anglaise du siècle.
- N’entre pas apaisé dans cette bonne nuit — Une villanelle écrite pour son père mourant. Dix-neuf vers, deux refrains.
- Colline de fougères — L’enfance galloise, et la dernière strophe qui reprend tout.
- Au bois lacté — La pièce radiophonique, jouée sans interruption depuis 1954.
- Vingt-quatre ans — Un bilan à vingt-quatre ans. Il lui en restait quinze.
- Mon art morose — Son art poétique : il n’écrit ni pour la gloire ni pour le pain.
- Dans l’autrefois c’était la couleur du dire — La langue portée à saturation, comme on sature une couleur.
- Clown sur la lune — Le poème le plus simple de l’ensemble, et il tient.
- Reste immobile, dors dans l’accalmie — Un ordre doux, et l’accalmie n’est pas rassurante.
- Tu ne désespéreras pas — Le futur de l’interdit biblique, employé sans religion.
Pour le lire
Vision et Prière et autres poèmes — l’édition disponible aujourd’hui.
18 Poems (1934) · Deaths and Entrances (1946) — l’essentiel est écrit avant vingt-cinq ans.
Au bois lacté (Under Milk Wood, 1954) — la pièce radiophonique, achevée juste avant sa mort.
En français : les traductions d’Alain Suied et de Patrick Reumaux.
Guillain Méjane























