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D’un cycle : « Mensonge » – Rainer Maria Rilke

D’un cycle : « Mensonge » – Rainer Maria Rilke

I
Mensonge, arme d’adolescent
arrachée de la forge du hasard
toute brûlante…, poignard
saisi n’importe comment.
Clôture bâclée, brusque mur !
Corps et geste sans tête,
auxquels, éperdûment, on prête
un visage trop pur.
Plante soudaine et hybride
qui, poussant dans le vide,
atteint parfois trois mètres de haut,
et se fane trop tôt
pour n’avoir connu aucune saison.
Maison ! Belle maison,
trop belle pour nous qui vivons dehors ;
maison qui a tort,
parce qu’on ignore…
Maison trop durable encore
en face de la mort.

II
Toi, ô pauvre, qui te cramponnes
et qui, de peur, frémis quand on sonne :
tu as des sœurs si grandes et si pures
que les siècles, à force d’en prendre mesure
s’épuisent… Adolescent qui se ronge,
ami d’enfance, naïf mensonge,
sens-tu toujours lorsqu’on te préfère,
dans la révolte qui te redresse,
ta famille pleine de déesses
et ces dieux hautains, tes beaux-frères ?

…………

III
Cimetière compromettant,
plein de résurrections évitables ;
perroquets ivres de mots palpables
dont leur langue imperméable
s’éprend…
Goût de fruits peints ;
parfum de calices
que de vagues institutrices
avaient brodés sur des coussins…

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