Sélectionner une page

Charles Bukowski — Trente ans à la poste, et un oiseau bleu dans la poitrine

Charles Bukowski — Trente ans à la poste, et un oiseau bleu dans la poitrine

1920 — 1994

il y a dans mon cœur un oiseau bleu qui veut sortir
mais je suis trop coriace pour lui,
je lui dis, reste là, je ne veux pas
qu’on te voie.

L’oiseau bleu

Voilà le poème qu’on ne cite jamais quand on parle de lui, et c’est le sien. Un homme qui a passé sa vie à jouer les brutes explique qu’il tient quelque chose de vivant enfermé, et qu’il verse du whisky dessus pour l’empêcher de sortir.

Tout Bukowski est là : la dureté est une méthode, pas un caractère.

La biographie qu’on récite

Né en Allemagne, élevé à Los Angeles, battu par son père pendant toute son enfance, défiguré par une acné monstrueuse à l’adolescence. Vingt ans de petits boulots, dix ans à hurler dans les bars, une hémorragie qui a failli le tuer à trente-cinq ans.

Puis quatorze ans employé au tri postal de Los Angeles. Il n’a quitté la poste qu’à quarante-neuf ans, quand un éditeur lui a offert cent dollars par mois à vie pour écrire.

Cette légende est vraie, et elle est devenue un obstacle : on a fait de lui un personnage, on l’a imité, on a écrit des milliers de mauvais poèmes qui croyaient lui ressembler.

Ce qui est difficile chez lui

La langue. Elle paraît nulle — pas de métaphore, pas de rythme apparent, des mots de tous les jours, des minuscules. C’est très exactement le contraire d’une absence de travail.

« Un poème est une ville », « N’écrivez pas de poésie », « Pourquoi est-ce que tous tes poèmes sont personnels » : il n’a jamais cessé de réfléchir à ce qu’il faisait. Sa règle était simple — si ça ne sort pas tout seul, ne le fais pas.

Et il y a le regard, qui est le vrai sujet : les chambres meublées, les chevaux, les femmes qui partent, les vieux au comptoir, ceux dont personne n’écrit jamais rien.

1994

Il a écrit jusqu’au bout, plus doux, plus drôle, sans rien lâcher. Mort d’une leucémie à San Pedro en mars 1994.

Sur sa tombe : Don’t try. N’essaie pas. C’est un conseil d’écrivain, pas un conseil de vie.

Choix de textes

Pour le lire

L’Amour est un chien de l’enfer (1977) · Les Jours s’en vont comme des chevaux sauvages dans les collines (1969).

Le Dernier Round · Tempête pour les morts et les vivants — les poèmes en français, au Sagittaire et chez Grasset.

Le Postier (1971) · Souvenirs d’un pas grand-chose (1982) — les romans, si l’on veut la biographie.

Guillain Méjane

Archives par mois