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Cesare Pavese — « La mort viendra et elle aura tes yeux »

Cesare Pavese — « La mort viendra et elle aura tes yeux »

1908 — 1950

La mort viendra et elle aura tes yeux –
cette mort qui est notre compagne
du matin jusqu’au soir, sans sommeil,
sourde, comme un vieux remords

La mort viendra et elle aura tes yeux

Il a écrit ce poème en mars 1950. Le 27 août de la même année, il s’est tué dans une chambre de l’hôtel Roma, à Turin, avec des somnifères. Il avait quarante et un ans et venait de recevoir le prix Strega.

Sur la première page de son journal, il a laissé cette phrase : « Pas de mots. Un geste. Je n’écrirai plus. »

Le Piémont

Né dans les Langhe, ces collines de vignes au sud de Turin, il n’a jamais cessé d’y revenir en écrivant. Toute son œuvre tient dans un aller-retour : la ville où l’on travaille, la campagne d’où l’on vient, et l’impossibilité d’appartenir à l’une ou à l’autre.

Angliciste de formation, il a traduit Melville, Joyce, Faulkner, Dos Passos, Gertrude Stein — c’est par lui que la littérature américaine est entrée en Italie. Il a été l’un des fondateurs d’Einaudi, la maison qui a refait l’édition italienne d’après-guerre.

Travailler fatigue

Son premier livre de poèmes, en 1936, écrit en partie en résidence surveillée en Calabre où le fascisme l’avait envoyé. Le titre est d’une platitude délibérée.

Ce qu’il y invente n’a pas d’équivalent : un vers long, presque prosaïque, qui raconte. Il y a des personnages, des métiers, des cafés, des rues, des femmes qu’on n’aborde pas. La poésie italienne, occupée d’hermétisme, ne faisait rien de tel.

Les derniers poèmes

Ceux réunis ici pour l’essentiel datent de mars-avril 1950 et s’adressent à Constance Dowling, une actrice américaine qui venait de le quitter. Il les a écrits en deux semaines, certains directement en anglais.

« Tu reviens toujours le matin », « Les chats le sauront », « Toi, vent de mars », « La nuit où tu dormais », « Un dernier blues pour être lu un jour ». C’est de la poésie amoureuse d’une nudité totale, et l’on sait comment cela finit.

Choix de textes

Pour le lire

Travailler fatigue (1936) — écrit en partie en résidence surveillée, où le fascisme l’avait envoyé.

La mort viendra et elle aura tes yeux (1951, posthume) — les derniers poèmes.

Le Métier de vivre — le journal, l’un des grands documents du siècle.

Traducteur de Melville, Joyce et Faulkner : la littérature américaine est entrée en Italie par lui.

Guillain Méjane

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