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Armand Silvestre — Le parnassien qui a fini en amuseur, et qu’on ne juge que là-dessus

Armand Silvestre — Le parnassien qui a fini en amuseur, et qu’on ne juge que là-dessus

1837 — 1901

Pareille au fin réseau que sur sa gorge nue
Psyché serrait, pleurant ses premières pudeurs,
Une invisible mer balance sous la nue
Le flux et le reflux des terrestres odeurs.

Les Parfums

Voilà un quatrain que Baudelaire aurait pu signer, et voilà un homme dont l’histoire littéraire n’a retenu qu’une chose : les histoires scatologiques qu’il écrivait pour vivre.

Il a fait les deux, et il a eu tort de faire les secondes trop longtemps.

Le Parnasse, sérieusement

Polytechnicien, officier, puis inspecteur des Beaux-Arts, il publie en 1866 Rimes neuves et vieilles, préfacé par George Sand. Il appartient à la seconde génération du Parnasse, celle qui vient après Leconte de Lisle.

Ce que le Vagabond réunit est ce versant-là, et il est sérieux : « Les Parfums », « Les Astres », « Les Nuages », « Les Sources », « La Neige », « Cieux nocturnes ». Une poésie de la nature méditée, presque scientifique par endroits, qui cherche derrière les apparences une continuité des formes.

« L’Inquiétude des momies », « Ce qui reste des morts », « La Renaissance mortelle », « La Double Vie » : le vrai sujet est la persistance de la matière — ce qui de nous ne disparaît pas et se retrouve ailleurs. C’est une pensée de son siècle, celui de Darwin et de la conservation de l’énergie.

Et Massenet, et Fauré

Ses vers ont été mis en musique par tout ce que la France comptait de compositeurs. Fauré a écrit sur ses poèmes plusieurs de ses plus belles mélodies, dont « Automne » et « Le Secret ». Massenet aussi, et Delibes.

C’est peut-être là son meilleur titre : il fournissait aux musiciens une langue exactement chantable, ce qui est un art et pas une facilité.

L’autre métier

À partir des années 1880, il écrit des contes gaulois par centaines, illustrés, vendus en gare, d’une gaieté très basse. Cela lui a rapporté beaucoup et coûté sa réputation entière.

Il est mort à Toulouse en 1901. On l’a classé une fois pour toutes, et on n’est jamais revenu ouvrir le premier livre.

Choix de textes

  • Les Parfums — Un quatrain que Baudelaire aurait pu signer.
  • L’Inquiétude des momies — Ce qui de nous ne disparaît pas. Son vrai sujet.
  • Ce qui reste des morts — La persistance de la matière, pensée en poète et en ingénieur.
  • La Double Vie — Le titre convient à l’homme autant qu’au poème.
  • Les Astres — Le ciel du XIXe siècle, celui des savants plus que des amoureux.
  • Les Nuages — La forme qui change sans cesse — il y revient sans arrêt.
  • La Neige — L’exercice le plus difficile : dire le blanc sans rien ajouter.
  • Les Sources — L’eau qui sort de terre, et l’idée d’origine qui va avec.
  • La Renaissance mortelle — Deux mots qui se contredisent, et tout un siècle de pensée dedans.
  • Cieux nocturnes — Le grand ciel parnassien, tenu sans une faiblesse.

Pour le lire

Rimes neuves et vieilles (1866), préfacé par George Sand · Les Renaissances (1870) · La Gloire du souvenir (1872).

Fauré a tiré de ses poèmes plusieurs de ses plus belles mélodies, dont « Automne » et « Le Secret ». Massenet et Delibes l’ont mis en musique aussi.

Les contes gaulois des années 1880, vendus en gare, lui ont coûté sa réputation entière.

Guillain Méjane

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