
La silencieuse – Maurice Magre

Toutes quatre parlaient et riaient dans la chambre.
Les cheveux dénoués de l’une sentaient l’ambre
Et sa cheville avait un anneau de corail.
Elle tendait vers moi l’aile d’un éventail
Et me disait: «Pourquoi gardez-vous le silence?»
La seconde vibrait d’un souvenir de danse,
Elle se renversait et s’offrait comme un don
Et s’arrêtait pour dire: «A quoi pensez-vous donc?»
La troisième sortait d’une robe lamée,
Et son épaule, ainsi qu’une pêche enflammée,
Surmontait d’un feu bleu la naissance du dos
Et son rire d’enfant jaillissait en jet d’eau.
Puis elle me disait: «Qu’avez-ous?» La dernière,
Sans bouger, de son corps, absorbait la lumière,
Prenait tout le bonheur disponible entre nous.
Elle agitait parfois le rayon d’un bijou
Comme un phare gelé sur une mer sans île.
Elle était près de moi et très loin, immobile,
Son jeune front courbait son beau bras accoudé:
Elle me regardait, mais n’a rien demandé…























