
Roberto Juarroz — Quatorze livres, un seul titre : Poésie verticale

1925 — 1995
La parabole qu’est notre environnement
contamine notre vision
et l’embrase d’une fugace parade
qui contredit les étoiles.
XII-17
Il a publié quatorze livres en quarante ans, tous intitulés Poésie verticale, numérotés de I à XIV, sans un seul titre de poème. On les cite comme des références : XI-1-24, XII-8.
Ce n’est pas une coquetterie. Il pensait qu’un titre oriente la lecture et qu’un poème doit se tenir seul, à la verticale — d’où le mot.
Buenos Aires
Bibliothécaire de formation, il a dirigé le département de bibliothéconomie de l’université de Buenos Aires pendant trente ans, et travaillé pour l’Unesco en Amérique latine.
Il a traversé les dictatures argentines sans écrire un mot de politique, ce qu’on lui a reproché. Sa réponse était que le travail sur la pensée est déjà une résistance, position qui se défend et qui se conteste.
Comment cela fonctionne
Chaque poème est une expérience mentale de dix à quinze lignes. On pose une hypothèse — et si le vide avait un fond ? et si les objets nous pensaient ? — puis on la suit jusqu’au bout sans jamais reculer devant l’absurde.
Il n’y a presque pas d’images, pas de biographie, pas de sentiment. Il y a une pensée qui se déplie, et le poème s’arrête au moment exact où elle bascule.
Cela ressemble à de la philosophie et n’en est pas : une démonstration prouve, un poème de Juarroz déséquilibre.
Ce qu’on en dit
Octavio Paz écrivait que chacun de ses poèmes était « une surprenante cristallisation verbale ». René Char et Roger Munier l’ont fait connaître en France, où il a été mieux lu que dans son propre pays.
Il est mort à Temperley, près de Buenos Aires, en 1995. Le quatorzième volume était en cours.
Choix de textes
- XII-17 — « Le mythe de porter en soi un dieu nous scarifie la vision. »
- XII-8 — Une hypothèse posée, suivie jusqu’au bout, sans reculer devant l’absurde.
- XII-5 — Le poème s’arrête au moment exact où la pensée bascule.
- XI-4-4 — Les références remplacent les titres : un poème doit se tenir seul.
- XI-2-18 — Presque pas d’images, pas de biographie, pas de sentiment.
- XI-2-15 — Cela ressemble à de la philosophie et n’en est pas.
- XI-1-31 — Une démonstration prouve ; ceci déséquilibre.
- XI-1-24 — Dix lignes, une expérience mentale complète.
- VI-7 — Du tout premier livre, en 1958. La méthode est déjà entière.
- IV-24 — Il n’a jamais changé de manière en quarante ans.
Pour le lire
Poésie verticale I à XIV (1958-1995) — quatorze livres, un seul titre, aucun titre de poème.
En français : les traductions de Roger Munier, chez Fayard et José Corti.
Octavio Paz voyait dans chacun de ses poèmes « une surprenante cristallisation verbale ».
Guillain Méjane























