
Robert Brasillach — Les poèmes d’un condamné à mort, qui l’avait bien mérité

1909 — 1945
Le parc de Sceaux à l’horizon,
La route des pélerinages,
Les peupliers et les saisons
Nous offrent les libres images
Fresnes
Ces vers ont été écrits à la prison de Fresnes, entre septembre 1944 et février 1945, par un homme qui attendait son procès puis son exécution.
Il faut dire d’emblée pourquoi il était là, parce que le poème ne le dit pas.
Ce qu’il a fait
Rédacteur en chef de Je suis partout de 1937 à 1943, il a été l’un des journalistes les plus violents de la collaboration. Il a réclamé dans ses colonnes l’exécution d’hommes politiques, dénoncé nommément des personnes, applaudi aux rafles et écrit qu’il fallait se séparer des Juifs « en bloc et non en détail, y compris les petits ».
Il ne s’agit pas d’opinions égarées : c’est une action de presse, faite pendant l’Occupation, avec des conséquences.
Il s’est constitué prisonnier en septembre 1944 pour faire libérer sa mère. Jugé le 19 janvier 1945, condamné à mort le jour même, fusillé au fort de Montrouge le 6 février. Il avait trente-cinq ans.
Et les poèmes
Ils existent, et c’est ce qui rend l’affaire difficile. Les Poèmes de Fresnes sont sobres, formellement irréprochables, et ils disent une chose simple : ce qu’on voit d’une cellule, ce à quoi l’on pense, le Noël en prison, les hommes qu’on entend partir la nuit.
Il n’y a ni repentir ni justification. Il y a un homme qui regarde le parc de Sceaux par une fenêtre haute et qui compte les jours.
Comment le lire
Cinquante-neuf écrivains, dont Mauriac, Valéry, Camus et Colette, ont signé un recours en grâce. De Gaulle l’a refusé. Camus a signé en écrivant qu’il était contre la peine de mort, non en défense de l’homme — la distinction vaut ici aussi.
Le Vagabond conserve ces poèmes parce qu’ils font partie de la littérature française, et il rappelle en même temps ce que leur auteur a écrit ailleurs. C’est la seule façon honnête de les publier.
Choix de textes
- Fresnes — Le parc de Sceaux vu d’une fenêtre haute, par un homme qui compte les jours.
- Noël en taule — Décembre 1944. Il lui reste six semaines.
- Psaume I — La forme biblique reprise en prison. Il en a écrit sept.
- Psaume IV — Le plus sobre de la série, et le plus tenu.
- Psaume VII — Le dernier. Il n’y a ni repentir ni justification.
- Chant pour André Chénier — Il s’adresse à un poète guillotiné en 1794. La comparaison est de lui.
- Vienne la nuit — Le vers d’Apollinaire repris comme un titre, et il sait ce qu’il fait.
- Paysage — Ce qu’on voit d’une cellule, et rien de plus.
- Chanson — La forme la plus légère, dans les circonstances les moins légères.
- Psaume II — « L’ouvrage des méchants demeure périssable. » Il parle de ses juges.
Pour le lire
Poèmes de Fresnes (1945, posthume) — écrits en cellule entre septembre 1944 et février 1945.
Comme le temps passe (1937) · Les Sept Couleurs (1939) — les romans.
⚠️ Rédacteur en chef de Je suis partout (1937-1943), l’un des organes les plus violents de la collaboration. Condamné à mort pour intelligence avec l’ennemi et fusillé le 6 février 1945.
Guillain Méjane























