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Rêve triste – Jacques d’Adelswärd-Fersen

Rêve triste – Jacques d’Adelswärd-Fersen

Parfois quand je suis seul à rêver, rêve triste,
Où mon âme d’enfant regrette de mourir,
J’aime pencher mes yeux vers d’anciens souvenirs
Qui vivent parce que leur caresse subsiste :

C’est dans un parc orné par les fêtes d’automne,
Au fond d’une allée svelte où se brise un jet d’eau,
Parmi les feuilles d’or et les derniers oiseaux,
Deux blondins, deux gamins dont le cœur s’abandonne…

Ils se sont enfuis loin des regards mauvais,
Loin des cours où l’on joue, mais où veille le maître ;
Et seuls, avec le parc pour témoin, tout leur être
Mutuellement s’offre gracieux et coquet ;

Oh ! la beauté morbide et maladive hélas,
Que témoignent leurs corps pâlis par la fièvre,
Et l’étrangeté des caresses de leurs lèvres,
Les opales fanées autour de leurs yeux las !

Ils cherchent à trouver jolis curieux précoces
Des voluptés aiguës dont ils puissent souffrir,
Une attente déçue en leurs doigts de désirs ;
Ils rient nerveusement de leurs spasmes de gosse

Et le plus grand des deux a quatorze ans à peine…

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