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Le Marquis électeur – Pierre-Jean de Béranger

Le Marquis électeur – Pierre-Jean de Béranger

Hélas ! c’en est donc fait !
Grâce à monseigneur le préfet,
On nomme député
Un ami de la liberté.
J’avais cependant
Acheté comptant,
Pour un autre choix,
Jusqu’à trente voix !
Quelle horreur ! (bis.)
Je ne veux plus être électeur.

J’espérais bonnement,
Lorsque, dès le commencement,
J’aperçus aux débats
Les vassaux de mes marquisats ;
Mais les gueux, sur ma foi,
Grimpés sur la loi,
Gardaient ce laurier
Pour un roturier.
Quelle, etc.

À quoi sert un castel
Dans ce siècle où chaque mortel
Peut faire son chemin
Sans noblesse et sans parchemin ;
Le vilain content
Aujourd’hui prétend
Qu’un homme d’honneur
Vaut un grand seigneur !
Quelle, etc.

Que je suis dépité
De ne pas être député.
Moi, marquis et baron
Qui combattis à Quiberon !
Les titres poudreux
De mes bons aïeux
N’ont rien fait du tout :
Le peuple s’en fout.
Quelle, etc.

Qui me préfère-t-on ?
Un plébéien, un avorton !
C’est un homme de rien
Qui lui-même a gagné son bien !
Ce nouveau Français,
Fier de ses succès,
Prétend que la croix
Lui donne des droits !
Quelle, etc.

Il faut avoir du front
Pour m’oser faire un tel affront,
À moi, dont les châteaux
Remontent jusqu’aux Ostrogoths !
À moi dont l’enfant
Toujours triomphant,
Fut fait officier
À la Montansier.
Quelle, etc.

Lorsque l’on veut chasser,
Dans les champs on ne peut passer !
Un juge, pour deux choux,
M’a fait payer jusqu’à cent sous !
Enfin, mes vassaux
Qui sont libéraux,
Ne consentent plus
D’être faits cocus.
Quelle, etc.

J’espérais, Marcellus,
Avec toi sonnant l’Angélus,
Conduire au bon vieux temps
Nos pairs et nos représentants ;
Mais le peuple ingrat
Se fout des ultra,
Des processions
Et des missions.
Quelle horreur ! (bis.)
Je ne veux plus être électeur !

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