
Paul Haag — Des poèmes sans titre, et une seule nuit qui n’en finit pas

Lune, lune fantasque, ô peu discrète amie,
Pourquoi nous suivais-tu dans la marche endormie
De ce fiacre banal où tantôt nous faisions
Le tour du lac désert qu’argentaient tes rayons ?
Lune, lune fantasque
Un fiacre, un lac, la nuit, deux personnes dedans, et la lune qui suit. Le poème reproche à la lune d’avoir été là — d’avoir vu.
Aucun de ses poèmes n’a de titre. Le site les range par leur premier vers, ce qui donne au catalogue une allure de journal intime dont on aurait perdu les dates.
Ce qu’on peut en dire
Presque rien de biographique : le nom est là, la vie n’y est pas. La langue le place dans les dernières décennies du XIXe siècle.
Mais le corpus se tient. C’est un livre d’un seul mouvement — une histoire d’amour racontée à rebours, depuis la fin. « On causait, on parlait du monde, de la fête », « Je sortis, j’avais froid, le long des avenues », « Le soir venant, je descendis de la falaise », « Désespoir, désespoir, noire et sinistre mer ».
Chaque pièce est une scène datée par une heure et un lieu. On y suit quelqu’un qui sort d’un salon, marche dans le froid, descend vers la mer, et n’arrive nulle part.
L’astronomie amoureuse
Deux poèmes lèvent la tête : la lune indiscrète du fiacre, et « Ainsi je te revois, ô mystique Grande Ourse ». Les astres y sont des témoins gênants, pas des symboles.
C’est un des rares gestes qui lui appartiennent en propre, et il suffit à distinguer ce livre des mille recueils identiques que la fin du siècle a produits.
Rien d’autre
Le Vagabond conserve ces poèmes parce qu’ils ne sont nulle part ailleurs. Cette page restera incomplète jusqu’à ce que quelqu’un sache.
Choix de textes
- Lune, lune fantasque, ô peu discrète amie — Il reproche à la lune d’avoir vu. Les astres sont des témoins gênants.
- Ainsi je te revois, ô mystique Grande Ourse — Le second poème d’astronomie amoureuse, et le geste lui appartient.
- Je sortis, j’avais froid, le long des avenues — On sort d’un salon, on marche dans le froid. Une scène, une heure.
- Le soir venant, je descendis de la falaise — La descente vers la mer, qui n’aboutit à rien.
- Désespoir, désespoir, noire et sinistre mer — Le mot répété d’entrée. Après cela, il n’y a plus de recours.
- On causait, on parlait du monde, de la fête — La conversation mondaine notée comme un bruit de fond.
- Je me souviens encor du temps de mon enfance — La seule fois où il remonte plus loin que cette histoire-là.
- Ainsi que de pâles statues — L’immobilité, chez quelqu’un qui marche tout le temps.
- Tristes forêts, ravins, déserts semés de ronces — L’énumération de paysages hostiles, tenue d’un seul souffle.
- Oui, peut-être, peut-être est-ce là le remède — Deux « peut-être » dans le premier vers. On sait déjà que non.
Pour le lire
Aucune notice biographique, aucune date établie, aucun manuel ne le mentionne.
Les poèmes réunis ici, tous sans titre, ne sont accessibles nulle part ailleurs.
⚠️ Si vous savez quelque chose de lui, cette page attend d’être corrigée.
Guillain Méjane























