
Michel Abadie — Un Béarnais chez les naturistes de 1900

1866 — 1922
Sur les chênes le soir s’assied
Couronné de roses lointaines,
Et près de l’antique fontaine,
Les vierges étoilent leurs pieds
Le chant des porteuses d’eau
Des jeunes filles vont chercher l’eau à la fontaine, elles se couvrent les pieds de cyclamens, et le soir s’assied sur les chênes. Nous sommes vers 1900, et cela s’appelait le naturisme.
Pas celui des plages : une école littéraire, fondée par Saint-Georges de Bouhélier et Maurice Le Blond, qui prétendait sortir de la serre symboliste pour retrouver la nature, le peuple et la joie.
Une réaction, et son manifeste
Le symbolisme finissant s’était enfermé dans les brumes, les palais et les cygnes. Les naturistes ont voulu rouvrir les fenêtres : chanter les moissons, les métiers, les fêtes de village, les corps qui travaillent.
Zola les a soutenus, ce qui dit assez le programme. Abadie en fut, et deux poèmes réunis ici sont des adresses à ses compagnons : « À Léon Deschamps », qui dirigeait La Plume, et « À Saint-Georges de Bouhélier ».
Le Béarn
Il en venait, et cela sauve ses poèmes du décor. « Le verger », « La maison », « La coupe », « École buissonnière » : ce sont des lieux qu’il a connus, et le vers y garde une simplicité de chanson.
« Le sacre du poète » est l’exception — un grand morceau d’ambition, où l’on entend ce que l’école voulait faire et ce qu’elle n’a pas réussi.
Ce qu’il en reste
L’école naturiste a duré une dizaine d’années et n’a rien laissé de durable, sinon quelques livres et une leçon : on ne fonde pas une poésie sur un programme, même juste.
Abadie est mort en 1922. Ses vers ont la fraîcheur de ce qu’il a vraiment vu, et l’on peut sauter le reste.
Choix de textes
- Le chant des porteuses d’eau — Des jeunes filles à la fontaine, et le soir qui s’assied sur les chênes.
- Le verger — Un lieu qu’il a connu — c’est ce qui sauve ses poèmes du décor.
- La maison — Le Béarn de son enfance, sans une once de régionalisme appuyé.
- École buissonnière — Le titre est un programme d’école littéraire autant qu’un souvenir.
- Le sacre du poète — Le grand morceau d’ambition : on entend ce que l’école voulait faire.
- La coupe — L’objet antique, obligé chez les naturistes malgré leur programme.
- À Léon Deschamps — Le directeur de La Plume, la revue qui les publiait.
- À Saint-Georges de Bouhélier — Le fondateur du naturisme. Ils s’écrivaient entre eux.
Pour le lire
Les Voix de la terre et du temps · Le Cortège d’Orphée — les recueils.
Il appartenait à l’école naturiste de Saint-Georges de Bouhélier, soutenue par Zola, qui voulait sortir de la serre symboliste.
Aucune édition courante à ce jour.
Guillain Méjane























