
Louise Glück — Une froideur qui fait plus mal que les cris

1943 — 2023
Tu vois, ils n’ont pas de jugement.
Alors il est naturel qu’ils se noient,
d’abord la glace les prend
et puis, tout l’hiver, leurs écharpes de laine flottant derrière eux
Les enfants noyés
Des enfants se noient sous la glace d’un étang, et la voix qui raconte explique que c’est naturel, puisqu’ils n’avaient pas de jugement. Elle décrit ensuite leurs écharpes qui flottent.
Il n’y a ni indignation ni pitié. C’est ce refus d’accompagner le lecteur qui fait toute la force de Louise Glück, et c’est aussi ce qui la rend difficile à supporter.
Le mythe comme outil
Elle a passé sa vie à réécrire les figures anciennes : Perséphone, Achille, Ulysse, Circé, Didon, Ève, et les fleurs d’un jardin qui prennent la parole.
Ce n’est pas de l’érudition. Le mythe lui sert de distance : en faisant parler Perséphone, on peut dire sur une mère et une fille des choses qu’on ne dirait pas en son nom propre. L’Iris sauvage, son livre le plus connu, est un dialogue entre un jardin, un jardinier et Dieu.
L’anorexie, la psychanalyse
Elle a interrompu ses études à cause d’une anorexie grave et passé sept ans en analyse. Elle a écrit que cette cure lui avait appris à penser — et qu’elle lui avait pris la faculté d’écrire pendant des années.
Ses sujets sont la famille, la sœur morte avant sa naissance, la mère, le divorce, le corps qui refuse. « Pour ma sœur », « L’enfant malade », « Grand-mère », « La peur de la naissance » : les titres n’esquivent rien.
2020, 2023
Prix Nobel de littérature en 2020, à la surprise générale — elle était peu traduite et n’aimait pas paraître. Elle a dit que la nouvelle lui avait surtout fait craindre de perdre sa vie tranquille.
Elle est morte en octobre 2023. Le Vagabond réunit ici quelques poèmes de ses premiers livres, les plus durs.
Choix de textes
- Les enfants noyés — Ni indignation ni pitié. C’est le refus d’accompagner le lecteur qui fait tout.
- Le jardin — Le lieu central de son œuvre, où les fleurs finissent par parler.
- La peur de la naissance — Le premier d’une série de peurs, toutes nommées franchement.
- La peur de l’amour — La deuxième. Elle construit par variations, comme un musicien.
- La peur de l’enterrement — La troisième, et la boucle se referme.
- Pour ma sœur — Une sœur morte avant sa naissance. Elle n’esquive rien.
- L’enfant malade — Le corps qui refuse — elle savait de quoi elle parlait.
- Éros — Le dieu grec réduit à une chambre d’hôtel.
- Origines — Le mythe lui sert de distance, jamais d’érudition.
- Objets sacrés — Ce qu’on garde et qu’on ne peut pas expliquer.
Pour le lire
L’Iris sauvage (1992) — prix Pulitzer, un dialogue entre un jardin, un jardinier et Dieu.
Averno (2006) · Nuit de foi et de vertu (2014) · L’Aube d’une vie.
Traduite en français par Marie Olivier, chez Gallimard.
Guillain Méjane























