
Le terme des pauvres gens – Albert Mérat

Sur le pave gras, inégal,
Malgré l’hiver, le front en nage.
L’homme tire comme un cheval
La voiture où tient le ménage.
Le dur brancard emplit sa main,
Son dos arqué tend la bretelle.
Fier de ses huit ans, le gamin
Aux côtés du père s’attèle.
Les paquets ne sont pas bien gros,
Si peu de linge les soulève !
Dans sa grosse toile à carreaux
Le matelas étique crève.
Tout est banal, chétif, usé
Dans ce mobilier ridicule.
Pourtant parfois l’homme, écrasé
Du faix misérable, recule.
La pauvre femme suit des yeux
Et de la main cette fortune,
Tous ces objets flétris et vieux
Que l’éclat du jour importune.
L’esprit soucieux, le corps las,
On tiendra tous dans une chambre,
Dont les quatre murs sont, hélas !
Chauds en été, froids en décembre.
Donc en route ! je ne sais où,
Vers une existence incertaine,
Buttant du pied, tirant du cou
Entre le chômage et la peine.






















