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Ce matin l’aurore était grise – Jacques d’Adelswärd-Fersen

Ce matin l’aurore était grise – Jacques d’Adelswärd-Fersen

Ce matin l’aurore était grise
Et les oiseaux étaient sans voix,
Alors pour faire une surprise
À ta Beauté, dédaigneuse, je crois,

Dans le jardin plein de mystère
Triste et doux comme un cimetière,
J’ai cueilli des fleurs en bouquet,
Des branches mortes aux bosquets
Et quelques roses : les dernières.

Tout ce que tes yeux avaient vu
Le poème lu et relu
Du mois d’Avril — grâces passées…
Et puis encor, je ne sais plus,
Les mains aux tiges enlacées…!

Je suis rentré à l’endroit où
L’on s’est aimé comme des fous
La gorge de pleurs oppressée
Et, sur mes pensées angoissées
Se détachait ton profil doux.

D’un geste calme et sans paroles
J’ai sur le sol jeté les fleurs
Comme des miettes de mon cœur,
Comme des débris d’auréole,
Comme une offrande à la douleur.

Autour du lit si blanc, si pâle
Des cierges brillaient doucement,
J’ai cru revoir pour un moment
Notre enthousiasme et nos râles
Et nos baisers et nos serments !

Puis dans un vase au pur calice
Chaste et profond comme tes yeux,
J’ai fait brûler de l’encens bleu
Pour écarter les maléfices
Et pour me rapprocher de Dieu.

Autour du lit si blanc, si vide
Pleuraient les rameaux dénoués,
J’étais à l’orgue et j’ai joué
Une musique si languide
Que les anges ont écouté.

Et croyant entrer à l’église
Par ce matin où l’aurore grise
Et les oiseaux étaient sans voix
Ils ont porté mon cœur vers toi
Rien que pour faire une surprise !

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