
La part du ruisseau – Auguste Gilbert de Voisins

Que le ruisseau prenne ce qu’il lui plaît
De prendre… Je m’en moque!
Qu’il prenne le chiffon d’âme, la loque
D’un caractère qui fut noble, le portrait
Parodique
De la beauté, la mélancolie aux attraits
Littéraires, les esclaves de la musique
Ou des grands mots, victimes
Du vent pernicieux qui souffle sur les cimes.
Permettez au ruisseau de prendre ce qu’il veut:
Les serments trop sonores, les vœux
Trop sublimes;
Qu’il prenne ceux qu’animent
La jalousie ou le mépris;
Qu’il garde, en plus, ce que d’avance il avait pris:
Ce qui naît de l’ennui
Après jouir et boire;
Qu’il prenne le laurier des faciles victoires
Et, surtout, ce qui semble être d’or,
Mais qu’il ne tente pas de salir un cœur fort.
CVIII
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