
Henry Bataille — Le dramaturge à succès qui voulait qu’on lise ses vers

1872 — 1922
Les infantes madrilènes, goûtant de miel,
Attendent le réveil tardif de leurs poupées,
En silence et en rang, graves, préoccupées
De leur soin puéril et confidentiel.
Petites filles
Des petites filles attendent que leurs poupées se réveillent, en rang et sans un mot. C’est décrit avec un sérieux exact, sans une once d’attendrissement, et cela devient inquiétant.
Voilà le Bataille des poèmes, que personne ne lit, et qui vaut mieux que le Bataille du théâtre, que tout Paris applaudissait.
La Chambre blanche
Son recueil de 1895, préfacé par Marcel Schwob, est un livre d’enfance : des chambres, des couloirs, des jouets, des malades, des choses vues à hauteur d’enfant et racontées par un adulte qui n’a rien oublié.
C’était neuf. Le symbolisme d’alors cherchait des palais et des cygnes ; lui décrivait un papier peint et une berceuse.
Le théâtre, qui a tout mangé
À partir de 1900, ses pièces triomphent : Maman Colibri, La Marche nuptiale, La Femme nue, Le Phalène. C’est un théâtre de passion bourgeoise, joué partout, adapté au cinéma.
Il en est devenu très riche et complètement invisible comme poète. Il s’en plaignait, et il avait raison de s’en plaindre.
Il était aussi peintre et dessinateur — ses portraits de comédiennes se voient encore.
1922
Il est mort à cinquante ans à Malmaison, d’une opération. Son théâtre a vieilli d’un coup avec le monde qu’il décrivait ; ses poèmes, qui ne décrivaient rien de daté, tiennent encore.
Choix de textes
- Petites filles — Un sérieux exact, sans attendrissement — et cela devient inquiétant.
- La maison — De La Chambre blanche : les lieux de l’enfance, à hauteur d’enfant.
- Berceuse — Le symbolisme cherchait des cygnes ; lui décrivait une berceuse.
- Chanson — La forme la plus simple, préfacée en son temps par Marcel Schwob.
- Berger, m’amet — Un archaïsme volontaire, et une chanson qui vient de très loin.
Pour le lire
La Chambre blanche (1895), préfacé par Marcel Schwob — les poèmes de l’enfance.
Le Beau Voyage (1904) · La Divine Tragédie (1917).
Maman Colibri (1904) · La Femme nue (1908) — le théâtre, qui l’a rendu riche et invisible comme poète.
Guillain Méjane






















