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Gabriel Vicaire — Il a inventé un faux poète pour se moquer des vrais

Gabriel Vicaire — Il a inventé un faux poète pour se moquer des vrais

1848 — 1900

Un bruit s’est répandu dans la Basse-Bretagne.
On dit que l’Enfant-Dieu vient de naître, et soudain
Tout s’émeut de la mer à la noire montagne :
L’un a quitté sa barque et l’autre son jardin.

Noël breton

En 1885, deux jeunes gens publient Les Déliquescences, poèmes décadents d’Adoré Floupette, œuvre d’un poète imaginaire mort d’absinthe, avec une biographie, un portrait et des vers d’une préciosité délirante.

C’était une charge contre les décadents — Mallarmé, Verlaine et leurs disciples. Le canular a fait rire tout Paris, et il a surtout donné leur nom à ceux qu’il visait : c’est après lui qu’on a parlé de « décadents » sans ironie.

L’un des deux auteurs était Gabriel Vicaire.

Le poète de la Bresse et de la Bretagne

Son œuvre sérieuse est ailleurs, et elle est régionale. Ses Émaux bressans (1884) chantent la Bresse de son enfance ; ses poèmes bretons — ceux réunis ici — viennent de séjours dans le Finistère.

« Noël breton », « Notre-Dame de la Clarté », « Keris », « Croquis bretons », « En Bretagne » : c’est le pays des pardons, des chapelles, des légendes et de la mer.

Le ton est simple, presque celui d’une chanson, et c’est délibéré : il pensait que la poésie devait retrouver le populaire, ce qui est exactement l’inverse du programme décadent qu’il avait moqué.

Ce que vaut cette poésie

On peut la trouver mineure. Il faut lui reconnaître une chose : la légèreté vraie, qui est rare. « La Vague », « La Mer », « À la mer », « Jeunesse » sont tenus d’une main sûre, sans une once de prétention.

Et il ne triche pas sur la Bretagne : on n’y trouve ni bardes ni druides d’opérette, mais des gens qui quittent leur barque ou leur jardin pour aller voir.

1900

Il est mort à cinquante-deux ans. Le canular d’Adoré Floupette lui a survécu bien mieux que ses vers, ce qui est un sort ironique pour un homme qui aimait tant l’ironie.

Choix de textes

  • Noël breton — « L’un a quitté sa barque et l’autre son jardin. » Pas de bardes d’opérette.
  • Notre-Dame de la Clarté — Une chapelle du Finistère, nommée précisément.
  • Keris — La ville d’Ys engloutie, la grande légende bretonne.
  • En Bretagne — Le titre le plus simple, et le poème d’entrée du cycle.
  • Croquis bretons — Le mot « croquis » dit l’ambition : rapide, juste, sans apprêt.
  • La Vague — La légèreté vraie, qui est rare et qu’on lui refuse.
  • La Mer — Deux mots, et il ne cherche pas à faire mieux que le sujet.
  • À la mer — Le même sujet, en s’adressant à lui cette fois.
  • Jeunesse — Tenu d’une main sûre, sans une once de prétention.

Pour le lire

Émaux bressans (1884) — la Bresse de son enfance, son livre le plus aimé.

Les Déliquescences, poèmes décadents d’Adoré Floupette (1885, avec Henri Beauclair) — le canular qui a donné leur nom aux décadents.

À la bonne franquette (1892) · Le Clos des fées (1897).

Guillain Méjane

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