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Frédéric Monneron — Vingt-quatre ans, et la Suisse pour tout royaume

Frédéric Monneron — Vingt-quatre ans, et la Suisse pour tout royaume

1813 — 1837

Qu’un Suisse est fort ! son âme est répandue
Sur la terre, et les cieux sont sa part.
Il est roi de l’étendue.
Le pouvoir du montagnard, c’est l’air du ciel !

Chant du montagnard

« Il est roi de l’étendue » : le vers est ample et il est faux — un Suisse de 1835 n’était roi de rien du tout. Mais c’est exactement ce que la poésie devait faire alors : donner à un petit pays de montagnes la conscience d’en être un.

Monneron avait vingt-deux ans quand il écrivait cela. Il est mort à vingt-quatre.

Lausanne

Vaudois, formé à la théologie protestante, il appartient à cette génération romantique suisse qui cherchait une littérature nationale entre la France et l’Allemagne — et qui lisait les deux.

Il a publié très peu de son vivant. Ses Poésies ont paru après sa mort, avec une notice de ses amis : c’est le sort de presque tous ceux qui meurent à cet âge-là.

La foi, et le doute

Le corpus est bref et il tient sur deux tons. Le premier est celui de la ferveur : « Chant chrétien », « La foi d’enfance », « Le banquet ».

Le second est plus incertain, et c’est le meilleur : « Ignorance », « Sur un départ », « Adieu », « L’alouette ». On y entend un jeune homme cultivé qui sait que la foi d’enfance ne se retrouve pas, et qui n’a pas eu le temps de trouver autre chose.

« Ignorance » est le titre le plus honnête qu’un poète de vingt-trois ans puisse choisir.

Une note sur ce corpus

Le Vagabond garde aussi la « Notice littéraire » qui accompagnait l’édition posthume. Ce n’est pas un poème : c’est le texte par lequel des amis ont essayé de sauver un nom.

On le laisse en place, parce qu’il fait partie du livre et qu’il raconte quelque chose — mais il faut savoir en l’ouvrant que ce n’est pas de lui.

Choix de textes

  • Chant du montagnard — « Il est roi de l’étendue. » Faux, et c’est ce qu’il fallait écrire.
  • Ignorance — Le titre le plus honnête qu’un poète de vingt-trois ans puisse choisir.
  • La foi d’enfance — Il sait déjà qu’elle ne se retrouve pas.
  • Sur un départ — Le registre incertain, qui est le meilleur des deux.
  • Adieu — Écrit à vingt-trois ans. On ne peut plus le lire innocemment.
  • L’alouette — L’oiseau qui monte : le seul mouvement ascendant du recueil.
  • Chant chrétien — La ferveur protestante, sans ornement.
  • Le banquet — Le titre de Platon pour une scène d’étudiants lausannois.
  • Notice littéraire — ⚠️ Pas de lui : le texte par lequel ses amis ont essayé de sauver un nom.

Pour le lire

Poésies (1838, posthume) — publiées par ses amis, avec la notice réunie ici.

Il appartient à la génération romantique suisse qui cherchait une littérature nationale entre la France et l’Allemagne.

Aucune édition courante à ce jour.

Guillain Méjane

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