
Frédéric Mistral — Prix Nobel pour une langue qu’on interdisait à l’école

1830 — 1914
O tu que subre-bello, emai d’un sang ilustre,
En fàci dóu barbare as counserva toujour,
Sènso cregne que res ni que rèn t’escalustre,
Lou vièsti, lou parla, lou gàubi dóu Miejour,
À la fille de Réattu
Cela se lit à voix haute, et cela s’entend : « le vêtement, le parler, la tournure du Midi ». Une jeune Arlésienne a gardé, face au barbare, ce que son pays avait de propre.
Le barbare, ici, c’est le Nord — et derrière lui l’école de la République qui punissait les enfants surpris à parler provençal.
Le Félibrige
En 1854, à vingt-quatre ans, Mistral fonde avec six compagnons une association destinée à sauver et à normaliser la langue d’oc. Ce n’était pas du folklore : il a fallu fixer une orthographe, faire un dictionnaire, produire une littérature.
Le dictionnaire, Lou Tresor dóu Felibrige, lui a pris vingt ans. C’est encore aujourd’hui l’ouvrage de référence, et l’un des grands monuments lexicographiques d’Europe.
Mirèio
Son poème de 1859 raconte l’amour impossible d’une fille de riche ménager et d’un vannier. Douze chants, en provençal, avec la traduction française en regard — c’est ainsi qu’il a toujours publié.
Lamartine lui a consacré un article enthousiaste qui l’a fait connaître du jour au lendemain. Gounod en a tiré un opéra. Le prix Nobel est venu en 1904, et il en a employé l’argent à fonder le museon Arlaten, à Arles.
Note de lecture
Les textes réunis ici sont donnés dans leur langue, sans traduction. Ne renoncez pas : le provençal écrit se laisse deviner par un francophone qui accepte de lire lentement et à voix haute.
Subre-bello, c’est « très belle ». Miejour, c’est le Midi. Une fois l’oreille faite, tout un pays se met à parler.
Choix de textes
- À la fille de Réattu — « Lou vièsti, lou parla, lou gàubi dóu Miejour » — le vêtement, le parler, la tournure.
- Chant V — De Mirèio, le poème de 1859 que Lamartine a fait connaître en une semaine.
- Chant VI — La suite : douze chants, en provençal, traduction française en regard.
- À un proscrit d’Espagne — Le Midi s’adresse à un exilé. La solidarité méridionale n’est pas une image.
- À dame Guillaumone — Le poème d’hommage, forme courante du Félibrige.
- À une qui m’écrivit — Une lettre en vers, dans une langue qu’on interdisait à l’école.
- Au même — La suite d’une adresse : on écrivait en série, comme on converse.
Pour le lire
Mirèio (1859) — douze chants, provençal et français en regard. Gounod en a tiré un opéra.
Lou Tresor dóu Felibrige (1878-1886) — vingt ans de travail, l’ouvrage de référence de la langue d’oc.
Calendau (1867) · Lis Isclo d’or (1875) · Lou Pouèmo dóu Rose (1897).
Le museon Arlaten, à Arles, qu’il a fondé avec l’argent du prix Nobel, conserve tout ce fonds.
Guillain Méjane























