Sélectionner une page

François Coppée — Le poète le plus aimé de France, et le plus moqué ensuite

François Coppée — Le poète le plus aimé de France, et le plus moqué ensuite

1842 — 1908

J’aurai cinquante ans tout à l’heure ;
Je m’y résigne, Dieu merci !
Mais j’ai ce très grave souci :
Plus je vieillis, et moins je pleure.

J’aurai cinquante ans tout à l’heure

« Plus je vieillis, et moins je pleure » : c’est un aveu de poète, et il est honnête. Coppée savait très bien ce qui faisait sa force et ce qui allait la lui retirer.

Dans les années 1870-1890, il était le poète le plus lu de France. Ses pièces se jouaient, ses recueils se vendaient, l’Académie l’a pris à quarante-deux ans. On l’appelait « le poète des humbles ».

Ce qu’il faisait

Il a inventé un genre : le poème-nouvelle, court, en alexandrins, sur des gens ordinaires — un petit employé, une ouvrière, un vieux couple, une chambre de bonne. Les Humbles (1872) et Promenades et intérieurs.

C’était neuf. Le Parnasse dont il venait sculptait des Vénus de marbre ; lui décrivait un fonctionnaire qui rentre chez lui. Il a ouvert la poésie française au quotidien, et Verlaine — qui l’a beaucoup moqué — lui devait plus qu’il ne disait.

L’Album zutique

Justement : en 1871, Verlaine, Rimbaud et leurs amis se réunissent pour écrire des pastiches obscènes de Coppée, qu’ils trouvaient bêta et bien-pensant. Ces « Vieux Coppées » sont restés célèbres, et la moquerie a survécu au moqué.

Le reproche n’était pas sans fondement : sa sensiblerie est parfois insoutenable. Il faut lire les meilleurs, et ils sont bons — les mois de l’année réunis ici, « Février », « Juillet », « Septembre », sont d’une justesse d’observation impeccable.

La fin, qu’il faut dire

Converti en 1897 après une grave maladie, il devient nationaliste et antidreyfusard, préside la Ligue de la Patrie française, et signe des textes que rien ne rachète.

Il est mort en 1908, adoré par la moitié du pays et méprisé par l’autre. Les deux avaient des raisons.

Choix de textes

  • J’aurai cinquante ans tout à l’heure — « Plus je vieillis, et moins je pleure. » Un aveu de poète, et il est honnête.
  • Février — Des mois de l’année réunis ici, d’une justesse d’observation impeccable.
  • Juillet — La chaleur parisienne, sujet qu’il a pratiquement inventé en vers.
  • Septembre — La rentrée, la lumière qui baisse, et rien d’appuyé.
  • À Paris, en été, les soirs sont étouffants — Le poème-nouvelle : une situation, un lieu, quelqu’un.
  • L’allée est droite et longue — Il décrit avant de raconter. C’est sa méthode.
  • Novembre — Le mois des morts, tenu sans une once de sensiblerie — pour une fois.
  • Mars — Le dégel, et un Paris qu’aucun autre poète ne regardait.
  • Brune — Le portrait rapide, exercice où il excellait.
  • L’Amazone — La cavalière du Bois, figure mondaine de son époque.

Pour le lire

Les Humbles (1872) · Promenades et intérieurs (1872) — le poème-nouvelle, genre qu’il a inventé.

Le Passant (1869) — la pièce qui l’a rendu célèbre, jouée par Sarah Bernhardt.

⚠️ Converti en 1897, il devient nationaliste et antidreyfusard, et préside la Ligue de la Patrie française.

Verlaine et Rimbaud l’ont pastiché dans l’Album zutique : les « Vieux Coppées » sont restés plus célèbres que lui.

Guillain Méjane

Archives par mois