
Edith Södergran — « Je ne suis pas une femme. Je suis neutre. »

1892 — 1923
Je ne suis pas une femme. Je suis neutre.
Je suis une enfant, un page, une résolution hardie,
je suis un rai de soleil écarlate qui rit
Vierge moderne
Ce poème date de 1916. Il a été publié en Finlande, en suédois, par une jeune femme de vingt-quatre ans que la tuberculose tuait déjà, et il a fait scandale.
On a parlé de mégalomanie, de folie, de charabia. Un critique a suggéré qu’elle soit internée. Elle est morte à trente et un ans en pensant avoir échoué.
Saint-Pétersbourg, Raivola
Née à Saint-Pétersbourg dans la minorité suédophone de Finlande, élevée dans un village de Carélie, scolarisée en allemand. Elle parlait le suédois, l’allemand, le russe, le français et l’anglais, et a longtemps hésité sur la langue où écrire.
À seize ans, la tuberculose. Sanatoriums en Finlande puis à Davos, pendant des années. Son père en meurt. La révolution russe ruine la famille et coupe le village du monde.
Elle a passé ses dernières années à Raivola, sans argent, avec sa mère et un chat, à écrire.
Ce qu’elle a inventé
Le vers libre en langue suédoise, tout simplement. Avant elle, on rimait ; après elle, on ne pouvait plus revenir en arrière. Toute la poésie nordique moderne date de ces cinq recueils.
Et une position qu’aucune femme n’avait tenue : ni la muse, ni l’amoureuse, ni la plaintive. « Je suis un filet pour poissons gloutons », « je suis un toast porté en l’honneur de… ». Elle s’énumère, elle se déclare, elle occupe le poème comme un territoire.
Le pays qui n’existe pas
Ses derniers poèmes, écrits en sachant qu’elle mourait, sont d’une clarté qui fait mal : « Les arbres de mon enfance », « La dernière fleur de l’automne », « Le pays qui n’existe pas ».
Elle est morte en juin 1923. Sa tombe a été perdue quand la Carélie est devenue soviétique en 1940.
Choix de textes
- Vierge moderne — « Je ne suis pas une femme. Je suis neutre. » 1916, et cela fit scandale.
- Le pays qui n’existe pas — Écrit en sachant qu’elle mourait. D’une clarté qui fait mal.
- Les arbres de mon enfance — Les arbres lui font des reproches. C’est eux qui parlent.
- La journée fraîchit — Son poème le plus connu en Suède, et il tient en quelques lignes.
- Ne t’approche pas trop de tes rêves — Un conseil, et il n’est pas rassurant.
- La dernière fleur de l’automne — Elle avait trente ans quand elle a écrit cela.
- Moi — Elle s’énumère et se déclare. Aucune femme n’avait tenu cette position.
- La sœur de la vie — La mort en parente proche, sans une once de macabre.
- Grimace d’artiste — Elle regarde ce que devenir un poète coûte de simagrées.
- Rien — Quatre lettres, et le poème le plus dépouillé du recueil.
Pour le lire
Poèmes (1916) · La Lyre de septembre (1918) · L’Ombre de l’avenir (1920) · Le Pays qui n’existe pas (1925, posthume).
Elle a introduit le vers libre en langue suédoise : toute la poésie nordique moderne date de ces cinq recueils.
En français : Le Pays qui n’est pas et Poèmes complets, traduits par Régis Boyer et Piotr Kaminski.
Guillain Méjane























