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Joseph Poisle-Desgranges — Un poème d’un mot par vers, et cela tient

Joseph Poisle-Desgranges — Un poème d’un mot par vers, et cela tient

1817 — 1885

Ta / Chaîne,
Ma / Reine,
Jà / Mène
La / Gêne.

À ma muse

Chaque vers fait une syllabe. Le poème avance par battements, la rime tombe tous les deux mots, et le sens se reconstitue à la lecture comme un message en morse.

C’est un tour de force, et il faut savoir ce qu’on regarde : le vers monosyllabique est l’exercice le plus difficile de la métrique française, parce qu’il n’y a plus rien pour cacher une faiblesse.

Un genre oublié

Le XIXe siècle a produit toute une littérature de virtuosité formelle — bouts-rimés, holorimes, vers à échos, poèmes en losange —, pratiquée dans les cercles et les almanachs, et que l’histoire littéraire a jetée en bloc.

Elle a eu tort : c’est de là que sortent, cent ans plus tard, l’Oulipo et une bonne partie de la poésie contemporaine. Ce que Queneau et Perec ont fait sérieusement, ces gens-là le faisaient pour rire.

Le reste du corpus

Il n’y a pas que des acrobaties. « À la critique », « À la guerre », « La neige », « Peinture » sont des pièces régulières, d’un romantisme tardif et sage.

L’intérêt est justement dans l’écart : le même homme écrit un quatrain conventionnel sur la neige et démonte le vers jusqu’à la syllabe. Il savait donc parfaitement ce qu’il faisait dans les deux cas.

Ce qu’on sait de lui

Peu de chose : un homme de lettres du Second Empire, auteur de recueils qu’on ne trouve plus. Il est mort en 1885.

Le Vagabond garde ces cinq pièces parce qu’elles ne sont nulle part ailleurs, et parce que la première mérite qu’on s’arrête.

Choix de textes

  • À ma muse — Un mot par vers : l’exercice le plus difficile de la métrique française.
  • À la critique — L’adresse aux critiques, genre où les poètes se soulagent depuis toujours.
  • La neige — Un quatrain conventionnel — par le même homme. L’écart est instructif.
  • À la guerre — Le grand sujet, traité avec la sagesse d’un romantisme tardif.
  • Peinture — Le tableau décrit en vers : exercice de salon, tenu proprement.

Pour le lire

Ses recueils ne se trouvent plus ; aucune édition courante à ce jour.

Il appartient à cette littérature de virtuosité formelle — bouts-rimés, holorimes, vers monosyllabiques — que l’histoire a jetée en bloc, et d’où sortiront l’Oulipo et Queneau.

Guillain Méjane

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