
Camille Saint-Saëns — Le musicien qui rimait en cachette

1835 — 1921
Pourquoi craindre la mort ? pourquoi s’effrayer d’elle ?
La mort est chose naturelle :
Naître, vivre et mourir, c’est tout l’homme en trois mots.
Mors
L’auteur du Carnaval des animaux, de la Danse macabre et de Samson et Dalila écrivait aussi des vers. Il en a publié deux volumes, Rimes familières et Rimes et Poèmes, et personne ne les a jamais lus.
Il faut le lire quand même, parce que ce qu’on y trouve n’est pas ce qu’on attend.
Un esprit du XVIIIe siècle égaré au XIXe
« Naître, vivre et mourir, c’est tout l’homme en trois mots » : c’est du Voltaire, et c’est délibéré. Il était athée, rationaliste, curieux de tout — archéologie, astronomie, mathématiques, sciences occultes qu’il moquait, langues anciennes.
Sa poésie est celle d’un homme de raison : elle argumente, elle plaisante, elle refuse l’effusion. Là où ses contemporains gémissaient, il démontre.
Des vers d’occasion, et c’est un genre
Une bonne moitié du recueil est adressée : « À Madame Pauline Viardot », « À Augusta Holmès », « À M. Henri Second », « À M. Georges Audigier ». Ce sont des poèmes de société, écrits pour être lus à voix haute chez quelqu’un.
Ce genre-là a disparu et on l’a méprisé à tort : il demande une politesse, une brièveté et un tour d’esprit qu’aucune sincérité ne remplace.
Le voyageur
Il a passé sa vie sur les bateaux : l’Algérie, l’Égypte, l’Espagne, le Brésil, l’Uruguay, l’Indochine, les Canaries. « À Grenade », « En Espagne », « Cadix », « Le Japon », « Le pays merveilleux » viennent de là.
Il est mort à Alger en décembre 1921, à quatre-vingt-six ans, en voyage comme presque toujours.
Choix de textes
- Mors — « Naître, vivre et mourir, c’est tout l’homme en trois mots. » Du Voltaire.
- Gnôthi seauton — « Connais-toi toi-même », en grec dans le titre. Il ne s’en cachait pas.
- Le chêne — L’arbre du fabuliste, repris par un homme qui aimait La Fontaine.
- À Grenade — L’Espagne d’un homme qui y allait vraiment, et souvent.
- Cadix — Le port, chez quelqu’un qui a passé sa vie sur les bateaux.
- Le Japon — Le japonisme de 1880, traité avec une curiosité de savant.
- À Madame Pauline Viardot — La cantatrice qui créa tant d’œuvres. Un poème de société, et c’est un genre.
- À Augusta Holmès — La compositrice qu’il admirait, à une époque où on ne l’admirait guère.
- Charles Gounod — L’hommage au maître et à l’ami, sans une once de flagornerie.
- Adam et Ève — La Genèse relue par un athée qui s’amuse beaucoup.
Pour le lire
Rimes familières (1890) · Rimes et Poèmes — les vers, réunis ici.
Samson et Dalila (1877) · Le Carnaval des animaux (1886) · Danse macabre (1874) — la musique, qui est le reste.
Harmonie et mélodie (1885) · Portraits et souvenirs (1899) — les essais.
Guillain Méjane























