
A une danseuse de corde – Auguste Gilbert de Voisins

Madame, laissez-moi vous dire combien j’aime
Votre grâce native et vos gestes adroits
Quand, rougissante un peu, mais sûre de vous-même,
Vous dansez sur la corde, un parasol aux doigts.
Vous semblez un lutin marchant sur des corolles
Et tâchant de ne point leur faire mal; je crois
Que vous êtes un ange, avec une auréole
De format inconnu, faite en papier chinois.
Vous avancez, légère, élégante, divine…
On ne respire plus… les regards anxieux
Vous suivent sur la route effroyablement fine
Que vous avez choisie, et l’on vous boit des yeux.
Ce que j’adore en vous, c’est la désinvolture
Dans le maintien, c’est le dédain de tout péril.
Que vient-on me parler de coureurs d’aventures!
Dites donc à ces gens de marcher sur un fil!
Dites-leur de fouler, s’ils ont tant de courage,
Ce chemin frémissant, ce sentier casse-cou!
Non!… glisser sur les airs demeure l’apanage
Des anges, d’Arachné, des sylphes… et de vous!
CDLXIII
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