Très femme – Rosemonde Gérard
Enfant, je suis le chef superbe,
Le vainqueur que rien n’a lassé ;
On tremble en me voyant, et l’herbe
Ne pousse plus où j’ai passé.
Oui, mon ardeur est sans seconde :
J’irais pour te plaire, en ton nom,
Faire la conquête du monde…
Enfant, veux-tu mon amour ?
— Non.
⁂
— Enfant, je suis le doux poète,
Triste penseur aux cheveux blonds,
Dont la rêverie inquiète
Plane dans les azurs profonds.
Pour moi tu serais la madone,
À genoux je dirais ton nom…
Réponds : veux-tu que je te donne,
Enfant, toute mon âme ?
— Non.
⁂
— Enfant, je suis un être étrange,
Le dieu des parfaites amours ;
Ma voix semble celle d’un ange,
On m’appelle, on m’attend toujours.
Je suis l’idéal, le mensonge,
Et si de moi tu te souviens
C’est que tu m’as vu dans un songe…
Enfant, je n’existe pas.
— Viens !