
À Hélène – Albert Mérat

Délicate, de pâte exquise,
Je vous ai vue en kaolin,
Bergère, soubrette ou marquise,
Ayant aux pieds votre carlin.
S’il est des bijoux que l’on taxe,
Pour leur finesse, à des prix fous,
Quelle figurine de Saxe
Est plus précieuse que vous ?
Avec des mines dégagées,
Vous donniez dans un demi-jour
À votre singe des dragées,
En peignoir à la Pompadour.
Un abbé qui s’émerillonne
Des gaillardises du dessin
Posait la mouche qui rayonne,
Noire sur la neige du sein ;
Et vos deux lèvres de cerises,
Où perle un rire intelligent,
Répètent des choses apprises
Aux petits soupers du Régent.
Vous n’êtes pas de notre époque :
Il fondrait pour vous supplier
N’avoir pas notre habit baroque,
Mais être duc ou chevalier ;
Froisser un jabot de dentelle,
Dire en tournant sur ses talons :
« Palsembleu, je m’en vais, la belle,
« Vous envoyer les violons. »
Dans ce temps froid et sans chimère,
De soucis mesquins et constants,
Vous êtes comme une grand’mère,
Une grand’mère de vingt ans.
Mais vous manquez de complaisance,
Et vos sœurs de l’ancienne cour
Auraient un mot de médisance
Pour vos luttes contre l’amour.






















