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Ah ! je sais !… j’ai trouvé, parmi d’autres surprises – Louis Bouilhet

Ah ! je sais !… j’ai trouvé, parmi d’autres surprises – Louis Bouilhet

Ah ! je sais !… j’ai trouvé, parmi d’autres surprises.
Une pièce de vers sur le soir et ses brises…
Qui traînait, ce matin, au panier du comptoir !
C’est à se faire suivre en passant par la ville !…
— Si tu mettais au jour quelque volume utile,
Quelque traité pratique, où l’on trouve à puiser,
Je comprendrais, du moins, et pourrais t’excuser !
Des vers !… écrire en vers !… mais c’est une folie !
J’en sais de moins timbrés qu’on enferme et qu’on lie !
Morbleu ! qui parle en vers ?… La belle invention !
Est-ce que j’en fais, moi ?… L’imagination !…
Est-ce que j’en ai, moi ?… Fils de mes propres œuvres,
Il m’a fallu, mon cher, avaler des couleuvres.
Pour te donner un jour le plaisir émouvant
De guetter, lyre en main, l’endroit d’où vient le vent !
Ces frivolités-là, sagement entendues,
Sont bonnes, si l’on veut, à nos heures perdues
Moi-même, j’ai connu, dans une autre maison,
Un commis, bon enfant, qui tournait la chanson,
Mais qui savait, du moins, ne se monter la tête
Que pour un mariage ou bien pour une fête…
Toi, tu prétends rimer… perpétuellement !…
Voyons ! est-ce fondé sur un raisonnement ?
Vivons-nous pour cela ? Crois-tu qu’il soit bien rare
D’accommoder des mots d’une façon bizarre ?
As-tu même, un grand point que je dois éclaircir,
La réputation qu’il faut pour réussir ?
S’il faut que je m’y metteAu diable !… Avise-t’en !
Malheureux !…
Malheureux !…Mais jadis tu ne criais pas tant,
Quand, dans ton cabinet, une fois par semaine.
Tu me faisais, de force, avaler Théramène,
Et souvent au dessert, ce qui te semblait beau.
Réciter la Laitière avec Maître Corbeau !…
Que viens-tu nous chanter ? La distance est extrême
Entre orner sa mémoire et composer soi-même !
Mais, mon père, entre nous, ces hommes immortels,
Debout sur leurs tombeaux comme sur des autels…
Racine et Poquelin, La Fontaine et Corneille,
Dont tu gardes les vers, ainsi qu’une merveille,
Dans ces grands livres bleus ornés de tranches d’or…
Ils composaient pourtant !…
Mais je vivais, quand, fier de mes succès en classe,
Tu me donnais, un jour, ce beau fusil de chasse !
Mais je n’étais pas mort, quand, pour mes vers latins,
Tu passais ta journée à bénir les destins :
Et qu’ébloui d’un fils qui savait lire Homère,
Tu priais à dîner les adjoints et le maire !
Eh bien ! moi, que veux-tu ? par Virgile bercé,
J’ai pris goût, sans malice, au miel qu’on m’a versé ;
Et si tant de raisons défendent que j’y touche,
C’était un crime, alors, de m’en frotter la bouche !…
… Des vers, monsieur, des vers !… pas même de la prose !
Une façon de dire où l’on ne comprend rien !
Au lieu de s’énoncer comme un homme de bien,
Clairement, simplement, à l’unisson des masses,
Sans ces contorsions, sans toutes ces grimaces,
Et ces rimes, monsieur, ridicule ornement,
Qu’on n’accorde jamais avec le jugement ;
Si bien que la pensée, aux allures moins nettes.
Semble un âne à la foire entre ses deux sonnettes !
Avouons qu’il faut être, en ce siècle éclairé.
Sinon tout-à-fait sot, du moins fort égaré,
Pour prendre au sérieux un pareil casse-tête !…
Mais je dis que Léon n’est pas même un poëte !
Lui, poète ! allons donc !… Que me chantez-vous là !
Moi qui l’ai vu, chez nous, pas plus haut que cela !
Comment ?… qu’a-t-il en lui qui passe l’ordinaire ?…
C’est un écervelé ! C’est un visionnaire !
C’est un simple idiot, et je vous réponds, moi,
Qu’il fera le commerce ou qu’il dira pourquoi !…
Il ose m’embrasser, il n’est donc point coupable,
… Toi, qui naquis à point dans le siècle où nous sommes,
Ni trop tôt pour savoir, ni pour chanter trop tard…
Tu sé lo mio maestro e lo mio autore,
· · · · · · · · · · · · · · · · · · · · facies non omnibus una,
Nec diversa tamen · · · · · · · · · · · · · · · · · · · ·

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