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Vladimir Maïakovski — Il a donné sa voix à une révolution, qui la lui a reprise

Vladimir Maïakovski — Il a donné sa voix à une révolution, qui la lui a reprise

1893 — 1930

Mais peut-être
Ne reste-t-il
Au temps caméléon
Plus de couleurs ?

Écoutez

Regardez la disposition : quatre lignes pour ce qui tiendrait en une. C’est l’escalier — sa marque —, une façon d’écrire qui oblige la voix à s’arrêter où il veut.

Car tout chez lui est fait pour être crié. Il mesurait un mètre quatre-vingt-dix, il avait une voix de tonnerre, et il a passé sa vie sur des estrades.

Le futurisme russe

En 1912, à dix-neuf ans, il cosigne le manifeste Une gifle au goût public, qui propose de jeter Pouchkine et Tolstoï par-dessus bord du paquebot de la modernité. Il portait une blouse jaune et se peignait le visage.

Le Nuage en pantalon (1915) est le grand poème de ces années-là : un homme amoureux, éconduit, qui hurle contre l’amour, l’art, l’État et Dieu dans le même souffle. Rien de comparable n’avait été écrit en russe.

La révolution

Il l’a accueillie sans réserve et s’est mis à son service, entièrement : affiches, slogans publicitaires pour l’État, tournées de lecture dans tout le pays, poèmes de commande.

« Le poète est un ouvrier » : le titre est un programme, et il y a cru. Il a écrit des vers pour vanter les magasins d’État et les caoutchoucs de Rezinotrest, avec le même sérieux que ses grands poèmes.

On lui a beaucoup reproché. Il faut au moins reconnaître la cohérence : s’il pensait que la poésie était un travail, il n’y avait aucune raison de refuser les commandes.

1930

La bureaucratie l’étouffe, la critique officielle l’attaque, sa dernière pièce est un échec, ses amours vont mal. En 1926 il avait écrit un poème sur le suicide de Iessénine où il reprochait au mort d’avoir choisi la facilité.

Le 14 avril 1930, il s’est tiré une balle dans le cœur. Il avait trente-six ans.

Staline l’a ensuite décrété « le meilleur et le plus doué poète de notre époque soviétique ». Pasternak a dit que cette canonisation était sa seconde mort.

Choix de textes

Pour le lire

Le Nuage en pantalon (1915) · La Flûte des vertèbres (1915) · À pleine voix (1930).

Une gifle au goût public (1912) — le manifeste futuriste qu’il cosigne à dix-neuf ans.

En français : les traductions de Christian David et d’Elsa Triolet, et l’édition Poésie/Gallimard.

Guillain Méjane

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