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Te souviens-tu du jour où je t’ai dit adieu – Jacques d’Adelswärd-Fersen

Te souviens-tu du jour où je t’ai dit adieu – Jacques d’Adelswärd-Fersen

Te souviens-tu du jour où je t’ai dit adieu,
Le matin était doux comme un premier aveu,
Au jardin fleurissaient peut-être encor des roses ;
L’automne avait jeté son rêve sur les choses,
Et sa pâleur sur le ciel bleu.

Dans les allées de sable et jusqu’aux vieilles portes,
Une à une tombaient les lentes feuilles mortes
Et les derniers parfums se mêlaient au soleil,
À l’horizon les bois s’estompaient tout pareils
Au souvenir qu’en moi je porte.

Je t’attendais les yeux égarés dans l’azur
Et machinalement je cueillais près du mur,
Des fleurs que j’effeuillais sur la terre endormie
Comme sur une tombe entr’ouverte et amie,
Avec un geste calme et pur.

Soudain tes pas au lointain retentirent
Et j’aperçus le clair de ta lèvre sourire
À mon cœur dont les pleurs étreignaient les élans,
Tu étais pâle et blond dans ton costume blanc,
Svelte comme un contour de lyre.

Tu me tendis la main et sans me dire un mot
Tu regardas longtemps avec l’air d’un oiseau
Ma lèvre où tes baisers avaient fait une empreinte,
Puis brusque tu partis comme une étoile éteinte
En me laissant à mes sanglots.

Et je suis resté seul près des ruines inertes
À écouter le vent dans la feuillée déserte
À écouter mon âme atrocement mourir.

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