
C’est un bonheur, ayant péché contre son frère – Alice Véga

C’est un bonheur, ayant péché contre son frère,
D’obtenir son pardon, mais comment désormais
Me pardonneront-ils, ceux que pourtant j’aimais,
Et qui sont étendus dans le lit funéraire ?
Que ne puis-je à la tombe un instant vous soustraire
Ô trésors que j’ai cru posséder pour jamais,
Dont j’ai si peu joui, que je mésestimais
Dans ma sécurité trompeuse et téméraire !
Je vous implore, et triomphant de mon chagrin,
Illuminant ma nuit comme un rêve serein,
M’apparaît quelquefois votre image divine.
Vous essuyez mes pleurs, vous voyez mes remords,
Et profonde, infinie, en vos yeux je devine
La pitié que pour nous, les vivants, ont les morts.
Seigneur, clarté suprême et tendresse infinie
Je suis seul à présent devant ce grand labeur
Que nous accomplissions avec tant de bonheur,
Dans une si profonde et si douce harmonie.
Je suis sourd à la voix qui blasphème et qui nie,
Mais je crains d’être un pauvre et faible moissonneur
Qui néglige sa lâche et vous fait peu d’honneur,
De ne guère accomplir ma mission bénie.
Soyez mon aide, ô Dieu de lumière et d’amour !
Quand l’automne et la nuit menacent alentour,
À l’heure où du sang pleut des brumes déchirées.
Dans la splendeur mystérieuse du couchant,
Permettez que sur moi descende comme un chant
La bénédiction des âmes délivrées.






















