
Louise Ackermann — Une athée en alexandrins, ce qui ne se faisait pas

1813 — 1890
Il s’ouvre par delà toute science humaine
Un vide dont la Foi fut prompte à s’emparer.
De cet abîme obscur elle a fait son domaine ;
En s’y précipitant elle a cru l’éclairer.
Le Positivisme
Voilà comment une femme du XIXe siècle explique la religion : un trou dans le savoir, que la foi s’est empressée d’occuper en croyant l’éclairer.
Elle a publié cela en 1874. Elle avait soixante et un ans, elle vivait seule à Nice, et le tollé fut considérable.
Deux ans de mariage
Née Choquet à Paris, élevée par un père voltairien qui lui fit lire les philosophes, elle part étudier à Berlin. Elle y épouse en 1843 un pasteur érudit, Paul Ackermann.
Il meurt deux ans plus tard. Elle a trente-trois ans, elle se retire à Nice pour quarante-quatre ans, et elle n’écrira sérieusement qu’à cinquante ans passés.
Une pensée, pas une plainte
Ce qui frappe est l’absence totale d’épanchement. « L’Homme », « La Nature à l’homme », « L’Homme à la nature », « Le Positivisme », « Prométhée », « Satan », « De la lumière » : ce sont des titres de traité.
Elle argumente en vers, avec une rigueur qui ne cède jamais à l’effet. Sa conclusion est constante et terrible : l’univers est indifférent, la conscience humaine est un accident douloureux, et il n’y a personne à qui se plaindre.
« Ô Nature, bientôt sous le nom d’Industrie » — elle voit venir, en 1870, le monde que la science allait faire, et elle n’en attend pas de consolation.
Ce qu’on lui a fait payer
On a écrit qu’une femme ne devait pas penser cela. Barbey d’Aurevilly l’a rangée parmi les « bas-bleus ». Victor Hugo, plus juste, l’a saluée.
Elle s’était préparée : « Adieu à la poésie » ouvre l’ensemble, comme si elle avait su dès le début que cela finirait par un renoncement.
Elle est morte à Nice en 1890, et la Troisième République l’a effacée de ses manuels avec application.
Choix de textes
- Le Positivisme — La foi comme occupation d’un vide. Publié en 1874, par une femme.
- La Nature à l’homme — La nature prend la parole et ne console personne.
- L’Homme à la nature — La réponse. Elle construit ses poèmes comme des dialogues philosophiques.
- Prométhée — Le voleur de feu, chez quelqu’un qui n’attend rien des dieux.
- Satan — Elle lui donne la parole, et il argumente mieux que l’autre camp.
- Le Cri — La seule fois où elle laisse monter quelque chose. C’est bref.
- Ô Nature, bientôt sous le nom d’Industrie — En 1870, elle voit venir le monde que la science allait faire.
- À la comète de 1861 — Un objet céleste daté précisément — l’astronomie, pas le symbole.
- Adieu à la poésie — Le poème d’ouverture est un renoncement. Elle savait où cela irait.
- Pascal — Elle s’attaque au plus fort des croyants. C’est un bon combat.
Pour le lire
Contes et poésies (1863) · Poésies philosophiques (1871) · Pensées d’une solitaire (1882).
Barbey d’Aurevilly l’a rangée parmi les « bas-bleus » ; Victor Hugo, plus juste, l’a saluée.
Ses Œuvres ont été rééditées récemment, après un siècle d’absence des manuels.
Guillain Méjane























