
Louis Ménard — Il a découvert le collodion et inventé le paganisme moderne

1822 — 1901
J’ai souvent répété les paroles des sages,
Que tout bonheur humain se paye et qu’il vaut mieux,
Libre et fort, dans la paix immobile des Dieux,
Voir la vie à ses pieds, du bord calme des plages.
Icare
Le poème s’appelle « Icare » et il commence par citer la sagesse — ne monte pas trop haut. On devine la suite : il va monter quand même.
C’est tout Louis Ménard, l’un des personnages les plus étonnants du XIXe siècle français, et l’un des moins connus.
Un chimiste
À vingt-quatre ans, il découvre le collodion — une solution de nitrocellulose qui servira d’abord à la photographie, puis à la chirurgie. Il n’a pas déposé de brevet et n’en a rien tiré.
Il a aussi publié sur l’histoire des religions, traduit les Hymnes orphiques, écrit une Histoire des Israélites, et enseigné le dessin décoratif.
Le paganisme mystique
Son livre, ce sont les Rêveries d’un païen mystique (1876) : la conviction que les dieux grecs n’étaient pas des fables mais des formes vraies de l’esprit, et qu’on peut y revenir.
Ce n’était ni de l’érudition ni de la plaisanterie — il y croyait. Leconte de Lisle, son ami, en a tiré une bonne part de sa Grèce ; les symbolistes s’en sont nourris.
« Le Rishi », « Circé », « Thébaïde », « La Dernière Nuit de Julien » : le sage védique, la magicienne, les ermites du désert, et l’empereur qui a voulu restaurer les anciens dieux. Ce sont ses figures.
Quarante-huit
Il a fait la révolution de 1848 aux côtés des insurgés, écrit un Prologue d’une révolution qui lui a valu une condamnation, et s’est exilé à Londres et à Bruxelles.
Il est revenu, a soutenu la Commune, et a fini professeur à la Ville de Paris. Il est mort en 1901, après avoir été tout ce qu’un homme pouvait être en un siècle.
Choix de textes
- Icare — Il cite la sagesse — ne monte pas trop haut — et il monte quand même.
- La Dernière Nuit de Julien — L’empereur qui a voulu restaurer les anciens dieux. Sa figure de prédilection.
- Le Rishi — Le sage védique. Il lisait les religions dans le texte.
- Circé — La magicienne, chez un chimiste qui croyait aux dieux.
- Thébaïde — Les ermites du désert égyptien, regardés sans dévotion.
- L’Athlète — Le corps grec, sujet parnassien qu’il traite en païen véritable.
- Le Soir — L’heure calme, chez un homme qui a fait deux révolutions.
Pour le lire
Rêveries d’un païen mystique (1876) — son livre : les dieux grecs comme formes vraies de l’esprit.
Prologue d’une révolution (1849) — sur les journées de juin 1848, qui lui a valu une condamnation.
Poèmes (1855) · traduction des Hymnes orphiques · Histoire des Israélites.
Il a découvert le collodion à vingt-quatre ans et n’a jamais déposé de brevet.
Guillain Méjane























