
Les violons – Pierre Quillard

Et lux perpetua luceat eis.
Seigneur, ces exilés de la seule patrie
Criaient vers toi du fond des gouffres ténébreux;
Pitié, fais ruisseler des nuages sur eux
La source de splendeur promise en Samarie.
Que la mort leur devienne un baptême: revêts
Leurs flancs martyrisés de robes de lumière
Et donne leur essor dans la gloire première
Aux cygnes échappés aux pièges du Mauvais.
Magnifiques et purs, après la lutte rude,
Ils voleront vers les parterres triomphaux
Où des lys, méprisant la morsure des faux,
Fleurissent dans la joie et la béatitude,
Tandis que le soleil d’un ineffable été
Inonde d’or brûlant les roses et dilate
Les parfums épandus des coupes d’écarlate
Et que l’éther subtil chante l’éternité.
Rappelle au nid fermé les frissonnantes âmes
Et les ailes d’amour monteront vers l’Amant
A travers l’harmonie et l’éblouissement
Des musiques, des voix, des splendeurs et des flammes,
Et les siècles futurs et ceux qui ne sont plus
Tressailleront en toi d’une même allégresse
En oyant tel qu’un chant et tel qu’une caresse
Frémir au ciel nouveau le vol blanc des élus.






















